Guerre de 1870-1871 : Les combats dans l’Orne (21 novembre 1870 – 6 janvier 1871)

Plan :

  • Introduction
  • Guerre impériale et guerre républicaine
  • La situation dans l’Orne à la mi-novembre 1870
  • Les combats du 21 novembre 1870 dans le Perche
  • La retraite sur Le Mans, Les colonnes mobiles.
  • La bataille du Mans
  • La bataille d’Alençon.
  • La fin de la guerre

Ce conflit méconnu oppose la France à la Prusse alliée aux états allemands : Bavière, Saxe, Wurtemberg etc.…

Il a pour cause l’inquiétude provoquée en France par la puissance acquise par la Prusse après sa victoire sur l’Autriche-Hongrie en 1866 à SADOVA et la volonté de Bismarck d’unifier l’Allemagne, sous l’hégémonie de la Prusse.

La déclaration de guerre par la France le 19 juillet 1870, a pour origine immédiate l’offre de la couronne d’Espagne au prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen et la publication par Bismarck de la « dépêche d’EMS ».

Napoléon III espère d’ailleurs qu’une guerre victorieuse lui vaudra une nouvelle popularité.

L’Etat-major se croit prêt, le maréchal Leboeuf a dit : « Il ne manque pas un bouton de guêtre ».

En fait, la France n’a plus d’alliance, les interventions militaires à l’extérieur de 1854 à 1867 (Crimée, Chine, Cochinchine, Mexique, Algérie) ne lui permettent de disposer que de 250 000 hommes dans l’immédiat et, le commandement français manque d’initiative, alors que l’armée Prussienne dispose de 800 000 combattants, d’une excellente artillerie et des qualités remarquables d’administrateur et d’organisation du Maréchal Von Moltke.

La guerre franco-allemande peut être divisée en deux périodes distinctes :

  • La guerre impériale, d’une durée d’un mois et demi environ (15 juillet au 4 septembre),
  • La guerre républicaine qui se prolonge pendant 5 mois et qui s’achève le 28 janvier 1871.

 

LA GUERRE IMPERIALE

L’armée du Maréchal Mac-Mahon est battue à Wissenbourg et Froeschwiller (4 et 6 août) et se replie sur Châlons.

Le Maréchal Bazaine, commandant l’armée du Rhin, défait à Borny, Rezonville, Gravelotte et Saint Privat (16-18 août) se laisse investir dans Metz.

Une armée de secours, sous les ordres de Mac-Mahon, est arrêtée à Beaumont et se replie avec l’Empereur sur Sedan où elle est assiégée.

Napoléon III malade et découragé signe, le 2 septembre 1870, la capitulation qui fait prisonnier avec lui     80 000 hommes. L’Empereur est déchu et la République proclamée le 4 septembre.

Le Général Trochu préside le gouvernement. Jules Fabre, ministre des affaires étrangères, tente vainement d’obtenir de Bismarck des conditions de paix acceptables à l’entrevue de Ferrières le 15 septembre.

LA GUERRE REPUBLICAINE

L’ennemi menace Paris. Le gouvernement hésite s’il reste, il sera coupé du reste de la France. Il serait sage de le transférer en province, mais on décide de partager avec les parisiens les risques d’un siège. Toutefois une délégation subordonnée est envoyée à Tours.

Le 18 septembre, les Allemands assiègent Paris 

Comme la délégation conteste les instructions du gouvernement, Gambetta est envoyé en ballon à Tours le 7 octobre. Il doit représenter l’autorité du gouvernement face à la délégation. La communication entre les deux ne peut plus se faire qu’à l’aide de pigeons et de ballons.

Le gouvernement pendant la guerre ne gouverne plus que Paris, et c’est Gambetta à qui on ajoute la charge de ministre de la guerre à celle de l’intérieur, qui dirige la France.

L’armée régulière n’existe plus. Les célibataires et veufs, sans enfant jusqu’à 35 ans, sont recrutés dès août. Fin septembre, Gambetta y ajoute les hommes sans enfants de 35 à 40 ans c’est la levée en masse.

Il entreprend de les équiper et de les envoyer dans des camps d’instruction pour former la garde nationale mobilisée. Il fait appel à toutes les bonnes volontés. C’est ainsi qu’il accueille les combattants d’Italie : les zouaves pontificaux, et les garibaldiens.

Plusieurs villes sont défendues efficacement par des francs-tireurs et des gardes nationaux. Ces faits d’armes revalorisent les troupes improvisées aux yeux des troupes régulières qui doutent de leur efficacité et galvanisent la résistance de la population. Les allemands eux-mêmes s’étonnent de ces nouvelles forces de résistance après la neutralisation de l’armée régulière.

Mais les allemands ne reconnaissent qu’aux troupes régulières le droit de faire la guerre, et pas aux corps francs, ni aux habitants du pays. Ils disent « nous ne faisons pas la guerre aux habitants de la France, et les particuliers français ne doivent pas être molestés, les soldats allemands, fortement disciplinés, commettent peu de violences. Mais si les habitants défendent leur ville, les allemands alors l’incendient, arrêtent les notables, fusillent des habitants et les francs-tireurs. Ils imposent aux villes investies de lourdes contributions dont ils rendent garants les élus.

L’armée du Rhin, sous le commandement de Bazaine, est cernée à Metz. Le maréchal désapprouve le nouveau régime républicain et projette l’utilisation de son armée pour restaurer l’Empire. Il essaie de négocier avec l’ennemi, Les allemands refusent.

Bazaine capitule le 27 octobre. Jugé en 1873, condamné à mort pour ses négociations avec l’ennemi, il est gracié et enfermé dans une forteresse d’où il s’évade.

A Paris, le 31 octobre, la nouvelle de la capitulation de Metz, provoque une insurrection des forces populaires révolutionnaires et des gardes nationaux mobilisés. Ils font prisonnier le gouvernement qui est délivré par l’armée régulière.

Après la capitulation de Metz et de l’armée du Rhin, les troupes allemandes peuvent avancer sans obstacle sur le territoire: Frédéric-Charles progresse vers la Loire, et Manteufel se dirige vers le Nord. Denfert-Rochereau résiste toujours dans Belfort assiégé, la guerre se poursuit sur 3 théâtres d’opération : sur la Loire, dans le Nord, et l’Est.

Gambetta pousse ses généraux à une offensive pour délivrer Paris, mais ceux-ci, souvent âgés, peu accoutumés à des offensives de telles ampleurs, et, doutant de la compétence des troupes irrégulières, tergiversent.

Gambetta crée l’armée de la Loire, et met à sa tête le général d’Aurelle de Paladines. Celui-ci rétablit la discipline, difficile dans cette armée non régulière, en appliquant le décret du 2 octobre, qui accélère les procédures de jugement et qui permet de fusiller l’accusé le lendemain matin.

Le 9 novembre, l’armée de la Loire bat les allemands à Coulmiers et reprend Orléans, abandonné par les allemands.

SITUATION DANS L’ORNE

La déclaration de guerre a été accueillie dans un élan de ferveur patriotique dans l’Orne, comme dans le reste de la France, malheureusement l’annonce des défaites successives frappe la population de stupeur.

Le 4 septembre, la nouvelle de l’avènement de la république et l’abdication de l’Empereur parvient à Alençon. Elles sont reçues avec inquiétude par une population traditionnellement conservatrice. Le 6 septembre, un nouveau préfet est nommé par le gouvernement de la défense nationale.

PRELIMINAIRES DES COMBATS DANS LE PERCHE

Les Prussiens sont conscients qu’une armée de secours va tenter de briser le siège de Paris et leur état-major pense que la menace principale viendra de l’ouest et en particulier du Perche où les collines et les nombreuses forêts favorisent la discrétion d’un rassemblement militaire.

Pour faire face à ce risque, ils constituent une armée : « l’armée abteilung » qui est confiée au Grand Duc de Mecklembourg. Cette armée avance par Houdan vers Dreux, combat à Chérisy, et s’empare de Chartres.

LE DISPOSITIF FRANÇAIS

Les faibles troupes françaises sont en position aux lisières Est du massif forestier de Senonches et de La ferté-vidame, mais le colonel Marty ayant abandonné précipitamment Digny et battu en retraite en direction de Longny-au-Perche, la gauche française se trouve dangereusement découverte.

Le colonel Rousseau décide donc la retraite et le rétablissement sur une ligne la Madeleine Bouvet-Bretoncelles-La Fourche. Le grand Duc veut s’emparer de Nogent le Rotrou maile terrain devient de plus en plus difficile à mesure qu’on s’avance dans le Perche et il croit toujours rencontrer le gros de nos forces et s’attend à une vive résistance.

Il décide de se concentrer davantage et donne l’ordre au 1er corps bavarois de se porter le lendemain, 21 novembre, entre Condé sur Huisne et Thiron Gardais et, à la17ème division de renforcer sa droite, à la Madeleine Bouvet.

LES COMBATS DU 21 NOVEMBRE 1870

LA MADELEINE BOUVET

La 17ème division, qui progresse sur l’axe Senonches-Belhomert-La Madeleine Bouvet ne peut occuper ce village qu’après s’être emparé de plusieurs barricades défendues par un bataillon de mobiles du Finistère et des francs-tireurs.

Le commandant Mathieu, chef de la garde sédentaire de Longny-au-Perche est blessé et capturé près de la barricade du lieu dit « les déserts ». Hospitalisé à Dreux, il succombe une semaine plus tard.

Les prussiens harassés par les combats et sous l’emprise de l’alcool vont se livrer à des exactions en particulier à la ferme de l’Aritoire où ils fusillent des soldats blessés et incendient des bâtiments.

BRETONCELLES

La 22ème division du général Von Wittich, dès 8 heures du matin, quitte La Loupe, en direction de Condeau, en passant par Bretoncelles.

L’avant-garde, se heurte au hameau de la haie neuve à une fusillade assez vive. Un régiment d’infanterie, refoule nos tirailleurs, puis la colonne s’engage dans la vallée étroite de la Donnette, en suivant la voie ferrée. Bientôt la progression est stoppée par une barricade. Les hauteurs de Bretoncelles, sont fortement occupées.

Les unités placées aux ordres du commandant de la Ferronnaye, comprennent 4 bataillons et 4 pièces d’artillerie de montagne.

L’avant-garde allemande se déploie. Deux batteries entre en action et sous leur protection, un mouvement débordant sur notre flanc est exécuté par un bataillon, nos soldats menacés de se voir coupés de Nogent se retirent, abandonnant un canon.

Les combats sont violents le long de la voie ferrée. L’artillerie allemande tire à toute volée et inflige des pertes telles aux Français, que la retraite se change bientôt en déroute en direction de Condé sur Huisne et de Rémalard. Parmi les défenseurs de Bretoncelles il faut citer le capitaine Pommerelle, officier de l’infanterie de marine qui s’est illustré dans toutes les guerres coloniales de l’époque.
En 1870, il commande une compagnie du 3ème régiment d’infanterie de marine à Bazeilles, blessé aux jambes, il échappe à la capture en passant par la Belgique, et gagne Cherbourg où il se fait soigner.
A peine rétabli, il obtient le commandement du 10ème bataillon de marche de marine.
Transporté par voie ferrée, il arrive à Condé sur Huisne et son bataillon est engagé sur Bretoncelles. Après plusieurs heures de combat, Pommerelle est de nouveau blessé aux jambes, il doit être amputé et décède des suites de ses blessures le 9 janvier 1871.

LE PREMIER COMBAT DE LA FOURCHE


A la Fourche, les français commandés par le commandant de Montaigu sont en position avec 3 bataillons, 2 canons et 2 obusiers, ces troupes occupent le hameau, construisent des barricades sur les routes et occupent les lisières des bois.
A 11 heures, quelques cavaliers apparaissent sur les hauteurs, face à la Fourche, puis une batterie prend position. Le combat s’engage, mais notre artillerie à une portée insuffisante et est bientôt écrasée par les obus ennemis.
L’infanterie reçoit l’assaut des tirailleurs allemands mais, est menacée d’encerclement par les troupes qui viennent de Bretoncelles, le commandant de Montaigu ordonne la retraite.
Après avoir lutté à un contre six, face au premier corps Bavarois, les bataillons de mobiles retraitent vers Nogent et Mamers. Les Allemands ont perdu près de 80 hommes et les Français 21 tués et 55 blessés.

LE COMBAT DE THIRON GARDAIS
La 2ème division bavaroise qui marche avec la brigade de cuirassiers sur Thiron Gardais , se heurte près de ce village, à des forces en position constituée de 2 bataillons de mobiles de l’Orne et de la Manche, appuyés par une batterie d’artillerie et une mitrailleuse qui occupe une position défensive.
Les Bavarois renforcent leur avant-garde et engagent un mouvement tournant. Cette division perd 20 hommes, les Français une centaine environ.

LA PRISE DE NOGENT ET DE BELLEME


Les troupes vaincues prennent la direction de Bellême et de Nogent le Rotrou poursuivies par les Allemands. Une forte arrière-garde composée de 2 bataillons d’infanterie de marine et de zouaves pontificaux oppose, face à la 17ème division Prussienne, une vive résistance au lieu dit « l’hôtel Morin » et oblige l’ennemi à mener une attaque à la baïonnette.
Le soir, la subdivision d’armée occupe Bellême et sœur Augusta, Bellêmoise de nationalité allemande, intervient pour protéger sa ville qui en a bien besoin.
Dans Nogent le Rotrou, le général Rousseau a rassemblé les troupes épuisées par les combats incessants. La défense de la ville paraît complètement impossible on décide donc de battre en retraite en direction du Mans, en vue d’organiser la défense de cette ville.
La retraite est exécutée dans des conditions très difficiles avec l’arrivée de l’hiver ; les soldats portent des vêtements et des chaussures de mauvaise qualité les protégeant mal des intempéries.
De plus, les généraux (sauf Chanzy) refusent de les cantonner la nuit chez les habitants de peur d’indiscipline. Aussi, les hommes doivent bivouaquer sous la pluie ou par -10°, souvent sans paille, dans la boue ou la neige, et quelquefois même sans tente ou couverture. Le moral et la santé des troupes s’en ressentent fortement.
De nombreuses troupes se débandent. Cependant, on arrive au Mans et la défense s’organise avec peine.
Le grand Duc pénètre dans Nogent le Rotrou le 22 novembre mais il trouve la ville évacuée. Il marche en direction de la Ferté Bernard, où a lieu une courte escarmouche avec 3 bataillons de mobiles, il reçoit alors l’ordre de prendre la direction d’Orléans.
En effet, la violence des combats sur la Loire impose aux Allemands de rappeler l’armée du Grand Duc en renfort, malgré ses réticences celui-ci est contraint d’obéir.
Sur le front de la Loire, Chanzy est battu par Frédéric-Charles à Beaugency, et se replie sur le Mans le 19 décembre, dans des conditions hivernales terribles, il parvient à se rétablir sur les hauteurs boisées au sud du Mans.

LE SECOND COMBAT DE LA FOURCHE


Quelques semaines plus tard, la Fourche est encore le théâtre d’une lutte terrible. Le général Chanzy, décide d’ajourner jusqu’au milieu de janvier, les grandes opérations militaires, pour tenter de délivrer Paris. Réduit à une inaction relative, il se borne à pousser des reconnaissances vers la Beauce.
C’est ainsi qu’il lance simultanément trois colonnes sur Villechauve, sur Vendôme et la colonne Rousseau sur Nogent-le-Rotrou.
C’est le vendredi 6 janvier, par un temps glacial, que la colonne, comprenant le 4ème bataillon des Deux-Sèvres (commandant Chirac) et quelques compagnies du 13ème de marche de chasseurs à pieds, s’acheminent vers la Fourche, où elles arrivent un peu avant le jour.
A peine installée, elle est attaquée par la division du prince Albrecht de Prusse, avec de l’artillerie. Les obus tombent sur le village dépourvu de tous moyens de défense. Impossible de s’y maintenir. Les nôtres se retirent dans les bois de chaque côté de la route nationale. Deux mitrailleuses, amenées de Nogent et braquées près du carrefour, font merveilles.
Des cavaliers prussiens, qui ont mis pied à terre, sont fauchés par une seule décharge, qui couche 32 hommes sur place.
Rendu prudent, l’ennemi est sur la réserve. Le combat traîne en longueur, quand vers midi des renforts importants lui viennent de la Loupe, et, maître de la lisière du bois, il force les nôtres à rétrograder. Les derniers coups de feu ne s’éteignent qu’à la nuit. Les Prussiens sont encore une fois maîtres du champ de bataille.
Un détachement constitué des francs tireurs de Paris et d’un escadron de Chasseurs à cheval, placé sous le commandement du colonel de Lipowski devait soutenir l’action du général Rousseau sur la fourche. Hélas, se détachement s’égare vers Rémalard et est dans l’impossibilité d’intervenir.
La colonne Rousseau se retire sur le Theil puis sur La Ferté-Bernard en informant Lipowski de son mouvement.

LE COMBAT DE BELLEME


Celui-ci se replie parallèlement par Bellème, où il se trouve renforcé par les mobilisés de la Mayenne. Le 8 janvier les sentinelles Françaises signalent des éclaireurs Prussiens, vite les mobilisés et les francs-tireurs prennent leurs armes et trainent leurs deux pièces d’artillerie vers Sérigny.
Bientôt le canon tonne, les balles sifflent, les obus pleuvent ; nos troupes se déploient en tirailleurs à travers les champs et montrent tant d’adresse et de courage que les Prussiens abandonnent leurs positions. 22 prussiens sont faits prisonniers et ramenés en triomphe à la mairie de Bellème.
Ils se sont heurtés à la 4ème division de cavalerie du prince Albrecht de Prusse, qui parvient avec le soutien de l’infanterie à repousser de Bellême les francs-tireurs de Lipowski et les mobilisé de la Mayenne après un combat qui dure jusqu’à la nuit.
Le 9 janvier, à Igé, le Colonel Lipowski reçoit l’ordre du général Chanzy de se porter sur Alençon pour couvrir la gauche de l’armée qui défend Le Mans ouvrant ainsi à la 4ème division la route de Bonnétable et du Mans.

LA BATAILLE DU MANS


L’armée de la Loire, commandée par Chanzy, s’organise autour du Mans, elle reçoit quelques renforts mais, ne peut bénéficier de l’aide des 60 000 mobilisés bretons du camp de Conlie qui sont dans un état de misère et d’abandon total.
La bataille dure 2 jours les 11 et 12 janvier. D’abord indécise, elle tourne à l’avantage des Prussiens suite à la défection de quelques unités.
La retraite est décidée et la 2ème armée va échapper à une destruction totale grâce à d’énergiques combats d’arrière garde et parvient à atteindre Laval.

LA BATAILLE D’ALENÇON


Le 14 janvier 1871, la nouvelle de la défaite du Mans parvient à Alençon créant une vive émotion. De tous côtés arrivent des blessés et des fuyards, Alençon semble être l’objectif des Prussiens.
Depuis longtemps les mobilisés de l’Orne et de la Mayenne gardent la ville contre une surprise de la part des Allemands et bivouaquent en avant sur les routes du Mans, de Fresnay et de Mamers.
Le nouveau Préfet de l’Orne, Antonin Dubost, nommé par Gambetta, fait appel au sang froid de la population alençonnaise :
« La peur, écrit-il, qui engendre le désordre ne fait jamais que des victimes. Avons-nous besoin d’ajouter que nous sommes disposés à nous défendre les armes à la main, jusqu’aux portes de la ville. Citoyens ! si les Prussiens viennent jamais coucher dans nos lits, il faut que l’on puisse dire d’Alençon qu’elle fut vraiment digne de la république, de la patrie et de la liberté ! Quant à votre préfet, il ne se retirera que quand il aura bien constaté que l’honneur et le droit n’ont rien pu contre la force ».
Le préfet est prêt à faire sauter les ponts sur la Sarthe et à organiser une bataille de barricades à l’intérieur de la ville.
Certains excités, réclament le combat, mais le maire Eugène Lecointre, soutenu par la population, s’oppose à une guerre dans la ville et proteste contre le projet de détruire les ponts pour protéger la retraite de nos troupes. Cette destruction des ponts aurait pour conséquence d’isoler le quartier de Monsort et de le placer à la merci de l’envahisseur. Celui-ci ne tarderait pas, grâce à son matériel de pontage, à franchir la rivière.
Mais à ce moment l’ennemi est signalé, il occupe Beaumont. Des troupes sont envoyées en grand gardes et de fortes patrouilles sont dirigées du côté du Mans. Par malheur, les ordres des chefs se contredisent, les marches et contre marches fatiguent les hommes et l’indécision du commandement démoralise les soldats peu aguerris.
Bientôt les 2000 francs-tireurs de Lipowski, arrivent à marches forcées du Perche pour participer à la défense de la ville. Ils doivent se nourrir et se reposer pour être prêts aux combats du lendemain.
Il est dix heures du soir, la place d’armes fourmille de troupes, les fusils sont formés en faisceaux. Les soldats se font un siège de leur sac, d’autres se reposent dans un lit de neige, d’autres plus heureux ont trouvé refuge dans le palais de justice ou l’hôtel de ville. Aucun incident ne se produira dans la nuit et ne viendra troubler le repos des troupes.

LA BATAILLE


Le jour de la bataille, il fait un temps froid et brumeux sur les routes la neige est glacée.
Dès le matin les troupes accourent sous les armes. Elles comprennent :
– les francs tireurs de Paris du colonel Lipowski
– les francs tireurs d’Alençon du capitaine Huchet
– les francs tireurs des basses Pyrénées du commandant Oustallet
– les francs tireurs du Havre du commandant de Amone
– les mobilisés de I’Orne des colonels Raulin et Tardy
– les mobilisés de la Mayenne du colonel Bournel
– quatorze petits obusiers de montagne, servis par les francs tireurs
– la cavalerie est composée de gendarmes et de quelques éclaireurs.
L’ensemble des troupes ne dépasse pas 8 000 hommes. Sur ce nombre 4 000 prendront une part sérieuse à la bataille.
Dès le matin le conseil municipal rassemblé à l’hôtel de ville, s’oppose au projet de combat dans la ville et à la destruction des ponts souhaité par 1e préfet, vers 10 heures, celui-ci se présente devant le conseil et annonce qu’il va télégraphier à Chanzy et au ministre de la guerre pour les informer du refus de la municipalité d’Alençon.
Le général de Malherbe s’oppose lui aussi aux décisions du préfet et déclare qu’il souhaite mener le combat en avant de la ville et comme on s’apprête à miner les ponts, le général, envoie des soldats s’opposer même par la force à ces destructions.
Quel est la situation d’Alençon ? Située dans une vallée dominée de tous côtés par des collines et des coteaux, la ville ne possède plus aucune défense militaire digne de ce nom.
Le Préfet Dubost décide de prendre la direction de la défense, il poursuit son plan et tantôt à pieds, tantôt à cheval, il parcourt les rues, appelle les citoyens aux armes, harangue les soldats, élève une barricade à l’entrée de la ville. La veille au soir sur le chemin de fer, un pont a été détruit, cette mesure est utile, elle fortifie l’aile gauche des français et protége la ville contre une surprise du côté de la gare.
Bientôt, le canon se fait entende. Les prussiens sont à Berus, à 8 kilomètres de la ville, ils viennent de se heurter à un détachement de 43 francs tireurs, détachés le matin vers Beaumont pour détruire les ponts. Le combat s’engage donc et face à la défense française une batterie d’ artillerie prend position et sous son feu, les francs tireurs se replient, suivis de près par les Prussiens.
Ainsi le commandement français par ses divisions et ses querelles internes aura perdu un temps précieux pour préparer la défense de la ville.
I1 n’est plus possible de tenir la ligne Neufchatel – Fye – les Aulnais. Les reconnaissances prussiennes approchent de la ville.
Dans la hâte le colonel Lipowski prend la direction des opérations et jette en avant de la ville le dispositif suivant :
A droite de la ligne de bataille française, les mobilisés de la Mayenne occupent les bois et le ravin de la chevalerie Hauteclair. Les six petites pièces de montagne, servies par les mobilisés, sont en batterie sur le flanc du ravin et prennent la grand route en écharpe.
Les francs tireurs de Paris, des basses Pyrénées, d’Alençon, du Havre, sont en tirailleurs au centre, dans la plaine entre la route du Mans et Saint-Paterne, avec comme réduit suprême une grande barricade improvisée à l’entrée du faubourg de Montsort.
Une section de la batterie de marine, 4 pièces aux ordres du lieutenant Le Cardinal, est en position sur la route du Mans, au hameau de la Détourbe où les francs tireurs ont ébauché une première barricade.
Enfin à gauche, le village de Saint-Paterne, la route de Mamers et la voie ferrée sont gardés par les mobilisés de l’Orne et l’autre section de la batterie de marine, dont les quatre pièces, au sont placées en avant de la Sarthe.
Le grand duc de Mecklembourg, a mis en mouvement à 9 heures la 22ème division que commande le général Von Wittich, et que suit la 17ème division.
L’avant garde, sur la route du Mans, est aux ordres du colonel Foerster, elle comprend un régiment d’infanterie, et 2 escadrons de hussards, une batterie lourde et une demi-compagnie du génie.
Après Bérus, la colonne s’avance, sans être inquiétée, d’environ 4 kilomètres, mais a Arçonnay,
elle se trouve en présence d’une résistance plus sérieuse à la hauteur de l’avenue de Hauteclair. Elle est même arrêtée nette par le feu croisé des Français.
En vain le bataillon de fusiliers Prussiens se déploie de chaque côté de la route.
La batterie d’avant garde prend position entre les hameaux de Saint-Gilles et du Coudray.
Les pièces placées à la Détourbe, leur répondent. Attaqués sur tout le front, les Allemands sont bientôt contraints à un mouvement de recul.
Malheureusement, les mobilisés de la Mayenne, qui ont reçu l’ordre de se porter en avant et voient le feu pour la première fois, se laissent impressionner par la chute de quelques obus tombés dans leurs rangs : ils se démoralisent et lâchent pied. C’est une débandade générale, malgré les efforts et la fureur légitime des francs tireurs qui accueillent les fuyards à coups de fusil.
L’ennemi en profite sur-le-champ pour regagner le terrain perdu et attaquer la Détourbe. Mais là, il est arrêté de nouveau par le feu meurtrier des francs tireurs de Paris. De midi à 3 h 00 environ, le combat se poursuit ainsi avec des alternatives qui laissent encore espoir à la défense.
A 3 h 05, Dubost peut même télégraphier sans trop d’exagération au général Chanzy :
«  Nous nous battons en avant d’Alençon depuis midi. Les Prussiens reculent. Nous gagnons du terrain. Nos troupes tiennent bien. J’arrive des avant-postes où le meilleur esprit règne. Ah ! si le pont de Beaumont avait été coupé ! »
Les premiers obus commencent alors à tomber sur la ville, on relèvera des impacts rue des tisons, quartier du pont neuf, près de l’église Notre-Dame, rue Cazault et à la préfecture.
Vers 3 heures, en effet, les Allemands prononcent vigoureusement leurs mouvements et achèvent leur concentration avec une admirable précision. Sur la route du Mans, le gros de la 22ème division entre en ligne, et une batterie lourde prend position auprès du hameau de Saint-Blaise et canonne de là, avec un succès marqué, tout le terrain compris entre la Chevalerie-Hauteclair et la route de Fresnay.
A droite de ces troupes, une colonne, partie de Vivoin à 8 h 1/2 du matin, sous les ordres du major de Conring, débouche d’Arçonnay, après une marche fort pénible.
Sur la gauche des Français, la 10ème brigade de cavalerie, avec un bataillon et une batterie à cheval, arrive par la route d’Ancinnes jusqu’au village de la Chaussée.
Enfin, le général de Bredow, accouru lui-même de Mamers à la tête de trois escadrons de la 12ème brigade, d’un bataillon et d’une batterie à cheval, tombe, par la route de Mamers, sur Saint-Paterne.
Le cercle d’investissement est désormais complet, et outre la 22ème division ; force principale des Allemands, les Français ont sur les bras, à partir de ce moment, un régiment et trois bataillons d’infanterie, une brigade entière plus trois escadrons des 4ème et 5ème divisions de cavalerie, et cinq batteries d’artillerie.
La lutte, absolument disproportionnée, se poursuit avec un courage qui fera écrire au grand Etat-major allemand cette phrase mémorable :

« Les Français, cependant, résistent avec une opiniâtreté extrême et ne se renferment pas dans une défensive passive : leurs feux de mousqueterie infligent aux batteries des pertes assez sensibles. L’infanterie qui prend l’offensive vers 4 heures, ne parvient pas à avoir entièrement raison de l’adversaire ; et à 5 heures seulement, après un engagement prolongé, un bataillon prend possession de Saint-Paterne et de la ligne ferrée.»
De 3 heures, à 5 heures, en effet, les difficultés se multiplient sur les différents points de la ligne. Le colonel de Lipowski, entouré de ses officiers d’ordonnance, des chasseurs à cheval, et du Lieutenant-colonel de la Cecilia, parcourent de tous côtés le champ de bataille et se portent aux endroits les plus dangereux.
Le capitaine d’artillerie Charner est renversé et contusionné par un éclat d’obus: ses pièces sont en partie démontées ; ses munitions presque épuisées. Les artilleurs, hors de combat, sont remplacés par les francs tireurs.
A ce moment, le colonel de Lipowski appelle le lieutenant colonel de La Cecilia et lui ordonne de prendre le commandement de la réserve. « Portez-vous en avant sur la Détourbe, lui dit-il, et refoulez l’ennemi.»
La Cecilia rassemble ses hommes et après leur avoir adressé une patriotique exhortation, les entraîne au plus fort du danger. L’élan est superbe : La Cecilia, à cheval, encourage ses hommes sous la mitraille et leur fait exécuter trois charges à la baïonnette qui contraignent l’ennemi à se retirer sur l’avenue Hauteclair.
Le capitaine Duchamp, du cimetière de Montsort, s’élance sur l’artillerie ennemie. Il donne l’exemple à ses hommes et fait le coup de feu. I1 est cependant obligé de se retirer.
A la Détourbe, nos canons se taisent: les artilleurs sont hors de combat. Les francs tireurs s’attellent aux pièces et les sauvent malgré des pertes importantes.
Le brave capitaine Duchamp, qui commande cette troupe héroïque, est frappé mortellement d’une balle en pleine poitrine.
Du côté de la route de Mamers et de Saint-Paterne, les efforts ne sont pas moins désespérés.
A 3 heures encore, les francs-tireurs de Paris et les mobilisés de l’Orne, ont tenu vigoureusement tête à la brigade de cavalerie et au bataillon débouchant de la route d’Ancinnes. Après une lutte corps à corps, ils sont restés maîtres du terrain. Les mobilisés de l’Orne, ont fait preuve d’un rare entrain et sont passés à l’offensive.
Ils conservent le village, et d’autres compagnies de mobilisés, la ligne du chemin de fer, près de la maison du garde-barrière. La bataille est indécise, car les Prussiens n’avancent pas davantage sur la route du Mans.
L’entrée en ligne du général de Bredow par la route de Mamers change malheureusement la face des choses à la gauche des Français, comme celle du gros de la 22ème division va la changer à droite.
Le général de Bredow bombarde Saint-Paterne et enlève le village malgré la résistance des mobilisés de I’Orne qui tiennent presque comme de vieilles troupes.
De 4 à 5 heures, il faut battre en retraite vers la ville. La courageuse intervention du chef de gare d’Alençon, monsieur Sauron, à la tête de ses employés et de quelques volontaires, arrête heureusement un mouvement tournant de l’ennemi par le chemin d’Ozé, et les mobilisés de l’Orne, se jettent même à la baïonnette sur les Prussiens près de la maison du garde-barrière. Mais ces épisodes, tout glorieux qu’ils soient, ne peuvent que prolonger un peu le combat et couvrir la retraite.
A 17 heures, toute résistance est devenue impossible tant sur la route du Mans que sur la route de Mamers et les munitions d’artillerie sont totalement épuisées et on décide l’évacuation de la ville. Quelques heures encore, la grande barricade de Montsort demeure occupée par les détachements chargés de protéger la retraite, puis, des incendies s’allument, dans la nuit noire.
Ce sont les vainqueurs qui brûlent un certain nombre de maisons du faubourg et surtout les vastes chantiers de bois de Montsort, le spectacle est lugubre.
Aussitôt la retraite commencée, le préfet a disparu, sans même prévenir le maire. Le lendemain 16, il est à 8 kilomètres, à Saint-Denis-sur-Sarthon ; d’où il lancera au général Chanzy, et à Gambetta, le télégramme suivant :
« Nous nous sommes battus jusqu’à la nuit. Je voulais à toute force conserver nos positions et je crois que nous le pouvions. En l’absence de certains travaux de défense et de munitions, Lipowski n’a pas voulu.
Nous sommes ce matin à 8 kilomètres d’Alençon, à Saint-Denis. Je demande derechef que nous y retournions ; on envoie des éclaireurs, nous allons voir. Néanmoins, La bataille a été belle. Nous avions affaire à 5 ou 6 000 hommes et une forte artillerie. Nous avons 300 hommes hors de combat. Notre batterie d’artillerie, à elle seule, en a 30 et son lieutenant blessé.
Mais je n’avais de vrais soldats que ceux de Lipowski. Sauf un bataillon de l’Orne, des mobilisés ont lâchement fui comme une volée de moineaux malgré les feux de peloton que j’ai fait exécuter sur eux… Si nous ne retournons pas à Alençon, nous nous dirigerons vers Carrouges et Flers».
Quelques heures plus tard, il aura le triste courage d’adresser au sous-préfet de Domfront cet autre télégramme : « Nous avons battu les Prussiens en avant d’Alençon, mais nous n’avons pas cru prudent de conserver nos positions, étant attaqués par trop de monde, et nous avons évacué la ville. Je suis à Carrouges; je rallie mes troupes. Je vais me transporter de moi-même à Flers. »

L’OCCUPATION D’ALENCON


La bataille s’achève donc après 7 heures de combat soutenu au milieu d’une plaine sans artillerie sérieuse et avec des troupes improvisées face à un adversaire puissant, bien organisé et 5 fois supérieur. L’honneur était sauf, et le mérite en revient au colonel Lipowski qui, malgré les divisions du comité de défense, avait assumé seul le commandement. I1 fut promu général à la suite de la bataille.
Les pertes françaises furent importantes ont peu les estimer à environ 300 hommes dont 30 artilleurs et 120 francs tireurs.
Les pertes allemandes ont donné lieu à des appréciations les plus fantaisistes. Des documents français de 1’époque les estiment de 600 à 900, quant à l’état major allemand, il ne reconnaît que 6 tués et 19 blessés. La vérité est certainement aux alentours de 300.
Quoiqu’il en soit c’est de 17 à 21 heures que la ville est évacuée; que le préfet, le général de Malherbe et les débris de la colonne Lipowski la quittent.
La ville désormais est abandonnée entre les mains de la municipalité et du maire monsieur Lecointre. Celui-ci s’acquitte de sa tâche avec beaucoup de courage et de dévouement.
Il fait désarmer la garde nationale, fait évacuer les fusils lors de la ville, il noie les poudres du préfet afin que ce matériel ne tombe pas entre les mains de l’ennemi. Puis refusant d’aller au devant de l’ennemi, il décide de l’attendre à l’hôtel de ville sur lequel flotte toujours le drapeau national.
L’ennemi cependant n’entre dans la ville que le lendemain 16 janvier 1871, précédé d’une patrouille de uhlans qui abat un soldat isolé près du théâtre. Le commandant du détachement invite le maire à le suivre au quartier général allemand où on lui apprend que le corps d’armée du grand duc de Mecklembourg va occuper la ville.
La population alençonnaise assiste à l’arrivée des troupes et est impressionnée par l’ordre et la méthode prussienne et l’excellent état des hommes et des chevaux. La discipline contraste avec les troupes françaises qui viennent d’abandonner la ville.
Les ordres sont donnés pour que la troupe s’installe chez les habitants 15 000 hommes devront être logés. Le grand duc et son état-major s’installent à la préfecture et formule des réquisitions exorbitantes. Le maire et le conseil municipal, incapables de satisfaire les demandes tente d’infléchir la décision du grand duc. Pour toute réponse celui-ci lui impose une contribution de 300 000 francs. Cette somme est péniblement réunie et grâce à des négociations, le maire parvient à réduire de moitié les réquisitions.
Fort heureusement pour la ville le corps d’armée reçoit pour mission de se diriger sur Rouen et il quitte la ville les 19 et 20 janvier, laissant Alençon sous la surveillance de quelques patrouilles de cavaliers. Le 24 janvier, à la tête d’un détachement de francs tireurs, le préfet monsieur Antonin Dubost fait son retour dans la ville et reprend possession de la préfecture. Comme on peut l’imaginer les relations entre la préfecture et la mairie sont des plus tendues.
Les Allemands informés de la situation réagissent et envoient un fort détachement avec cavalerie et artillerie pour reprendre Alençon.
Dès les premiers coups de canon le préfet et ses francs tireurs s’enfuient comme une volée de moineaux en direction de Sées.
Le comportement de monsieur Antonin Dubost provoque la réprobation de la population.
L’état major allemand décide de réoccuper la ville le 9 janvier. A leur arrivée ils annoncent la capitulation de Paris et la signature d’un armistice qui a eu lieu la veille.
Les tourments du maire, monsieur Lecointre, ne sont pas terminés car de nouvelles et formidables contributions de guerre sont imposées à la ville.
Le 15 février, le conseil municipal ayant fait preuve de fermeté, les Prussiens menacent la ville du pillage, puis envahissent la mairie et arrêtent monsieur Lecointre et l0 conseillers.
Le lendemain, le commandement allemand décide de déporter le maire et 5 conseillers. Cette déportation, jusqu’à Chartres, ne dure que 7 jours et bénéficiant d’une mesure de clémence, ils reviennent à Alençon le 22 février, accompagnés d’un préfet allemand pour l’Orne. L’occupation de la ville s’achève le 7 mars 1871.
Le traité de paix est signé le 10 mai 1871 à Francfort. La France doit verser 5 milliards, céder l’Alsace et une partie de la Lorraine. Les départements servent de gage à la dette française et sont libérés au fur et à mesure des paiements. Les derniers versements sont faits en septembre 1873, et les derniers Allemands quittent le territoire français.
Cette guerre a coûté aux Allemands : 47 000 morts, dont la moitié sont morts de maladie, 128 000 blessés, et 100 000 malades. Elle aura coûté aux français: 139 000 morts au combat ou de maladie, 143 000 blessés, et 320 000 malades. Ces chiffres plus lourds que les Allemands, comprennent aussi les civils touchés par les bombardements et la famine.
La France vaincue, amputée de deux provinces, va se préparer à la revanche en endoctrinant la jeunesse, en restructurant son armée, en formant des cadres dans l’esprit de 1’offensive systématique. Et 44 ans plus tard ce sera la grande guerre.

Merci au Colonel DUPREZ

Délégué Général du Souvenir Français du département de l’Orne



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