Coup de foudre à Yale

Coup de foudre à Yale

Aussi loin que l’on plonge dans le temps, la guerre, cette horreur, a toujours produit toutes sortes de héros, du plus modeste au plus brillant. Modeste et brillant fut le sergent Stubby.

Nous allons ici vous conter sa vie. Elle aurait pu faire l’objet d’un film, tant elle débuta de façon romanesque et fut jalonnée d’aventures.

L’histoire commence en 1917 sur le campus de l’Université de Yale, aux États-Unis, lorsqu’un chien errant et un militaire américain décident de s’unir pour la vie. En Europe, le canon est à l’œuvre depuis trois longues années. Le petit Bull terrier, qui répond désormais au nom de Stubby (« trapu » ou « courtaud » en anglais), sera du voyage lorsque son maître, John Robert Conroy, sera envoyé en France avec son unité. Ainsi, c’est tout à fait clandestinement que l’animal est entré dans la légende de l’histoire militaire. En posant sa première patte à bord de l’USS Minnesota, il ignorait qu’il venait d’en prendre pour dix-huit mois… Dix-huit longs mois dans les tranchées sanglantes Bataille du Chemin des Dames, le 5 février 1918. Les bombardements incessants n’auront d’autres effets que de développer le côté déjà futé de l’animal. Rien pour lui saper le moral, même pas sa patte blessée des suites d’une grenade, le 20 avril 1918 dans le secteur de Saint-Mihiel pendant une attaque pour reprendre Seicheprey. Envoyé à l’arrière le temps de se remettre, il se fera zoothérapeute avant l’heure, en dispensant auprès des hommes de ces si précieux instants de bonheur. Par la suite, c’est le gaz moutarde qui tentera de l’assaillir. Il en réchappe et en tire avantage : son odorat est désormais aiguisé contre cette calamité et lui permet de donner l’alerte en cas d’attaques sournoises. Ce sera le cas plusieurs fois, celle, notamment où, en pleine nuit, ses jappements et ses manifestations énergiques réveilleront des centaines d’hommes qui se précipiteront sur leur masque. La légende de Stubby est en route. Des soldats piégés dans le No Mans Land n’ont qu’à crier son nom pour qu’il accourt et aide à repérer et récupérer les blessés. Son ouïe fait des merveilles pour prévenir les hommes de la tombée d’un obus, bien avant qu’ils ne perçoivent le sifflement caractéristique. Il n’a pas son pareil pour pratiquer le « Duck and cover » (« Plonge et couvre-toi ! » ou encore « Couché, couvert ! » en anglais). Dans la cacophonie de la bataille, alors — même qu’il est souvent humainement impossible d’identifier isolément un obus, lui sait distinguer les obus tombant loin ou près et sait faire passer son message. En bref, un animal extraordinaire qui ne rechigne jamais à déborder sur ses missions de chien de garde et de chien de courrier. Un jour, dans l’Argonne, Stubby débusquera un soldat allemand occupé à réaliser du dessin de tranchées afin d’aider son artillerie au ciblage. Différenciation de l’uniforme ? De la tonalité de la langue allemande ?

Toujours est-il que l’animal ne répondra aux invitations de l’espion que par des aboiements et une morsure féroce qui le neutralisera. C’est à cette occasion que l’inénarrable chien sera promu sergent et deviendra du même coup le premier chien gradé de l’histoire des États-Unis. Quant à John Robert Conroy, son maître, il terminera la guerre avec tout juste le grade de caporal ! Les deux compères regagneront alors leur pays ; Stubby tout aussi clandestinement qu’il était venu. Auparavant, des habitantes de Château-Thierry libérée lui confectionnèrent un petit manteau en chamois sur lequel allaient pouvoir prendre place ses nombreuses médailles. On raconte que, de passage à Paris, il sauva d’une mort certaine une jeune fille près d’être renversée par une automobile. Légende ou réalité ? Peu importe, l’héroïsme modeste de Stubby n’avait plus besoin de cette anecdote pour briller, tant il est vrai qu’aux atrocités de la guerre succédèrent la consécration et les honneurs.

Entre défilés dans tout le pays et rencontres officielles, en particulier avec les présidents Wilson, Harding et Coolidge, sa retraite ne fut pas de tout repos. Ses exploits continuèrent longtemps de faire date, bien après qu’il eut été décoré de la « Gold Hero Dog’s Medal » par le général Pershing lui-même, en 1921, puisqu’ils donnèrent lieu à la création du fameux K9 Corps, unités cynophiles qui existent toujours. Stubby mourut en 1926 dans les bras de son maître. Sa dépouille fut confiée au Smith-sonian Museum (Washington DC). Il fut naturalisé, et ses restes furent incinérés

Stubby,

le chien aux treize décorations 3 service stripes, Yankee Division YD Patch, médaille française pour la Bataille de Verdun, 1 st Annual American Legion Convention Medal, New Haven WW1 Veterans Medal, médaille commémorative de la guerre 1914-1918, Saint — Mihiel Campaign Medal, Wound stripe (remplacé par le Purple Heart en 1932), médaille de la Bataille de Château-Thierry, 6 th Annual American Legion Convention, Humane Éducation Society Gold Medal.

Depuis le 11 novembre 2006, une brique de la Walk of Honor (Chemin de l’honneur) lui est dédiée au monument commémoratif de la Première Guerre mondiale, le Liberty Memorial, à Kansas City.

 

 

 

 

 

M.M. septembre 2013

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