Une filière méconnue

Une filière méconnue : les lycées de la Défense

Le Lycée militaire d’Autun

Les lycées de la Défense, plus connus sous le nom de «lycées militaires», scolarisent près de 4.000 élèves de la sixième aux classes préparatoires. Ces établissements s’adressent aux enfants de militaires, d’agents du ministère de la Défense et de fonctionnaires. Dans le cadre de la promotion de l’égalité des chances, ils sont également ouverts à partir de la classe de seconde aux enfants boursiers. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ils n’ont pas pour but premier de former des militaires. Ainsi, si l’encadrement est militaire, l’enseignement est, lui, purement général et dispensé par des professeurs détachés de l’Éducation nationale. En résumé, on y apprend à résoudre plusieurs équations, qu’elles soient mathématiques ou bien qu’elles concernent plus directement les valeurs fondamentales qui forgent l’individu.

Découverte le Lycée militaire d’Autun, seul établissement de l’armée de terre à accueillir des élèves dès le premier cycle.

  • Les lycées de la Défense, pour qui, pour quoi?

Dans le contexte actuel, marqué par de nombreuses interventions hors de nos frontières, la mobilité inhérente au métier militaire et la professionnalisation des armées entraînent une double mission pour les lycées de la Défense. Ainsi, dans le cadre de la politique d’aide à la famille, il s’agit d’assurer une scolarité stable aux enfants de militaires ou de fonctionnaires. Ce faisant, ils participent directement à l’amélioration de la condition militaire. Par ailleurs, dans le cadre de la politique d’aide au recrutement d’officiers, il s’agit de permettre à tout jeune Français de préparer les concours des grandes écoles militaires dans les meilleures conditions. En outre, le ministre de la Défense a souhaité faciliter l’admission d’enfants de nationalité française issus de milieux modestes dont les parents ne sont pas ressortissants du ministère de la Défense ou de la fonction publique.

  • Le Lycée militaire d’Autun Un peu d’histoire

Une loi ayant ordonné en 1884 la création de cinq écoles militaires préparatoires, l’Ecole militaire préparatoire de cavalerie ouvre ses portes à Autun le 1er octobre 1886. En 1921, en élargissant son enseignement militaire, elle perd sa spécificité « cavalerie » mais obtient le label d’école secondaire. Dans le contexte de la Seconde guerre mondiale, elle doit se replier le 16 juin 1940. Établie alors à Billom, Tulle, Chameyrat, puis Valence, c’est à
cette époque qu’elle prendra nom d’Ecole d’Autun. Elle connaîtra encore une période d’itinérance vers Thol et Bourg-en-Bresse, avant de retrouver sa ville d’origine, sous l’appellation d’Ecole militaire préparatoire d’Autun. Au sortir du conflit, l’école se développe. En 1971, elle devient Collège militaire, puis Lycée militaire en 1983. Nouvelle évolution l’année suivante avec l’ouverture des classes des premier et deuxième cycles aux jeunes filles.
Celles-ci devront cependant attendre encore six ans avant de pouvoir accéder aux classes préparatoires. Depuis lors, l’établissement n’a plus connu de bouleversement majeur. Il est temps de souligner qu’il a formé un grand nombre de cadres qui se sont illustrés dans tous les conflits où la France a été engagée et que plus de 500 de ses élèves sont tombés au champ d’honneur au cours du 20e siècle. C’est dire si sa devise: «Pour la Patrie toujours présents», se trouve méritée.

Avant de quitter le monde des enfants de troupe pour rejoindre le Lycée dans sa version 2014, citons quelques personnalités issues de ses murs : Patrice de Mac- Mahon (1873-1879), président de la République ; Bernard Gangloff (1925-1944), résistant; Patrick Baudry (1946), astronaute; Elrick Irastorza (1950), général d’armée. Aujourd’hui, même si les élèves n’ont plus le même statut que leurs anciens, ils en ont gardé l’esprit. A Autun, le ton est donné, dans une rigueur bienveillante savamment dosée.

COÛT DE LA SCOLARITÉ

Le coût de la scolarité s’élève en moyenne à 2 500 € par an et par enfant (2 100 € pour les frais de pension et de trousseau et 400 € pour les fonds particuliers}. Cependant, et sous conditions de ressources, les familles peuvent bénéficier d’une remise à caractère social (de 25 à 100%). Elles continuent à percevoir les prestations familiales et ne sont soumises à aucune obligation particulière lorsque les élèves quittent le lycée.

L’établissement d’Autun comprend deux parties: le quartier Gangloff et la caserne Changarnier. Fondé en 1675, le quartier Gangloff, à la magnifique ordonnance architecturale, a été tour à tour séminaire, hôpital pour galeux, puis prison. Il héberge aujourd’hui le lycée. Soulignons que le (sergent Bernard Gangloff (1925-1944), jeune résistant, était titulaire de la médaille militaire. La caserne Changarnier tient son nom du général et homme politique natif d’Autun (1793-1877).


  • Une démarche éducative globale

Placé sous la tutelle du ministère de la Défense, le Lycée militaire d’Autun est commandé par le colonel Frédéric Desroche, assisté de Philippe Tamisier, proviseur détaché de l’Education nationale.

L’encadrement des élèves est assuré par des officiers et sous-officiers de l’armée de terre, qui remplissent également un rôle d’éducateurs. Militaires ou civils, tous ont pour mission de veiller à l’éducation au sens large de plus de 700 internes venus de toute la France et parfois même de l’étranger, et de prodiguer un savoir-faire particulier auprès des plus jeunes. Rappelons que le Lycée militaire d’Autun est le seul à accueillir des élèves dès le premier cycle. Contrairement aux idées reçues, aucune formation militaire n’est dispensée. Outre sa spécificité collège, le Lycée militaire d’Autun est le seul lycée de la Défense à proposer en interne les filières générales (Littéraire, Economique et Social, Scientifique) et la filière technologique tertiaire (STMG). Il est également le seul à disposer d’une classe préparatoire à l’enseignement supérieur (CPES) économique. Pour des raisons diverses, mais essentiellement financières, 80% des élèves ne rentrent chez eux qu’à l’occasion des vacances scolaires. Pas toujours simple dans ces conditions de gérer l’éloignement du cocon familial. L’environnement post-cours est donc à voir comme un lieu de vie à part quasi entière. Comme une respiration nécessaire, un large éventail d’activités sportives, culturelles et ludiques, ponctue le quotidien des pensionnaires. Leur parcours est également jalonné de traditions: rassemblements compagnies, cérémonie des couleurs, cérémonie des récompenses à la fin de chaque trimestre… Des délégations d’élèves participent par ailleurs à différentes commémorations locales et nationales. Quant à la garde au drapeau, elle est confiée à des étudiants particulièrement méritants, sur désignation du chef de corps.

La tenue de la garde est celle des enfants de troupe avec béret, assortie du port du sabre.

On le voit, ici plus qu’à l’extérieur, on insiste sur certaines valeurs républicaines. La fraternité, le sens du devoir ou le goût de l’effort, en font partie. Le lycée et ses élèves jouissent localement d’une excellente réputation et sont parfaitement intégrés dans la ville et sa population.

Loin des préjugés, les lycées de la Défense ne sont pas des écoles de redressement, mais des écoles du 21e siècle qui offrent aux élèves un univers et des outils propices au développement de l’exigence du travail bien fait et de la camaraderie. Outre le Lycée militaire d’Autun, l’armée de terre compte trois autres établissements : à Aix-en-Provence, Saint-Cyr l’École et La Flèche (Prytanée national). Complétés par ceux de la marine (Lycée naval de Brest) et de l’armée de l’air (École des pupilles de l’air de Grenoble-Montbonnot), les lycées de la Défense permettent de préparer de jeunes gens4 affronter la vie, à se construire dans une société en quête de repères.

M.M. mars 2014


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