CHAMPAGNE 1940 DE LA MARNE A LA SEINE

CHAMPAGNE 1940

DE LA MARNE A LA SEINE : 13 – 16 JUIN 1940

SITUATION LE 12 AU SOIR

L’occupation des ponts de la Marne et du canal par trois bataillons d’instruction entre Épernay et Châlons et par la 53° D.L.I. à l’est de cette ville a facilité le rétablissement du XXIIP C.A. de la IV° Armée au sud de la rivière, le 12 juin dans la soirée.

Il n’en va pas de même pour le VIII° C.A. puisque les Allemands empêchent tout passage entre Châlons et Pogny ; seule la 14° D.I. peut retraiter dans la zone de la IV° Armée; mais les 3° D.I.M.et 3° D.C.R. sont contraintes à une marche longue et épuisante pour franchir la Marne à l’est de Vitry le François dans la zone de la 11° Armée avant de revenir se regrouper dans la région de Sompuis ; tandis que la menace sur le flanc gauche de la IV° Armée s’accentue, l’ennemi ayant déjà atteint la région de Montmirail dans la zone de la VI° Armée.

Avant d’entreprendre le récit de la bataille que tous entendent livrer sur la Marne, symbole du redressement des armées françaises, il convient de ne pas s’illusionner sur les termes de division, bataillon, etc., après 4 jours de combats souvent acharnés.

Au XXIIP C.A. à l’ouest, la 7°D.L.M.1 assure la couverture ouest de la IV° Armée avec la moitié de ses moyens.

La 82° D.I. A. qui, au cours de la journée du 12, a livré des combats épuisants dans la montagne de Reims, est réduite de moitié.

La 42° D.I. comme les divisions qui ont combattu sur l’Aisne, ne regroupe qu’environ 1600 fantassins, mais a encore presque toute son artillerie.

La 10° D.I. est réduite à 2 bataillons et 3 groupes d’artillerie. Son infanterie est restée dans les points d’appui de l’Aisne. La 2°D.I. n’a plus que 300 fantassins, 200 artilleurs et sept canons.

La 235° D.L.I., après sa belle résistance du 11 juin, ne réunit que 400 fantassins et deux batteries de 75.

Au total le XXIIP C.A. représente la valeur de quinze petits bataillons et une douzaine de groupes d’artillerie.

A l’est, le VHP C.A. représente une force à peu près équivalente que le général Demazes tente de reformer dans la région de Sompuis -Vitry le François (mais il est loin d’y être parvenu au matin du 13 juin).

Il a trouvé la 53° D.L.I. au complet ainsi que des éléments territoriaux sur la Marne, à la garde des ponts.

Les 3° D.I.M. et 14° D.I. qui combattent sans arrêt depuis 4 ou 5 jours ont été réduites de 60%.

La 3°D.C.R., y compris le 10° B.C.C. qui lui a été rattaché, n’aligne plus que 25 chars Hotchkiss ou Renault, 15 chars B Ibis presque tous en mauvais état, et le 16° B.C.R réduit à 300 chasseurs.

En résumé, sur un front de 76 km, la IV° Armée déploie un bataillon pour 2,5km de front et un groupe d’artillerie pour 3 km. Avec des effectifs aussi réduits et qui ont perdu une partie de leurs trains de combat, la résistance ne peut être que statique, surtout pour une troupe épuisée.

13 JUIN 1940 : LE FRONT TIENT, MAIS L’URGENCE D’UN REPLI S’IMPOSE

A la IV° Armée, le 12 juin vers 23h30, le général Requin commandant la IV° Armée est informé par le général Touchon, son homologue de la VI° Armée, que le VIP C.A. qui devait couvrir la gauche de la IV° Armée est enfoncé et qu’entre Sézanne et Montmirail, « c’est un vrai carrousel de chars ».

Des renseignements ne tardent pas à confirmer que le XXIIP C.A. n’est plus couvert sur sa gauche, alors que les Allemands ne cessent de pousser plein sud. Conscient de la menace, le commandant du Groupe d’Armées n°4 a bien prévu le repli profond de ses armées, mais les délais de transmission puis d’exécution par des unités qui se déplacent à pied rendent ces manœuvres inopérantes face à un adversaire motorisé.

Dans la matinée, l’ennemi ne se montre pas pressant sur le front du XXIIP C.A., de sorte que de petits détachements ramenant leur matériel peuvent franchir la Marne, parfois sur des moyens de fortune. Les tentatives de l’adversaire pour établir des têtes de pont sont peu efficaces et facilement contenues.

Camion GMC servant au transport des dragons portés de la 7e D.L.M. 2000 véhicules de ce type ont été mis en service dans l’armée française en mai/juin 1940

  1. Elle n’a pas encore récupéré le détachement Grévy laissé auprès du VIII° C.A le 11 juin.

Au VIII° C. A., la défense repose sur les éléments en place de la 53° D.L.I. et les bataillons de dépôt qui parviennent à contrer les tentatives de franchissement au sud de Châlons, aidés par les treize chars B1 bis en mauvais état évacués vers l’arrière le 12. L’importance des colonnes circulant sur la rive nord de la rivière montre que les Allemands glissent en direction du sud-est. Le regroupement de la 14° D.I. et de la 3°D.I.M. est loin d’être achevé, d’autant plus que leurs itinéraires se croisent ; la 14°D.I. s’infléchit vers l’est pour se reformer au sud de Vitry-le-François, la 3° D.I.M., elle, a franchi la Marne à l’est de cette ville et se rassemble à l’ouest autour de Sompuis. Cisaillements, retards, donc fatigues supplémentaires, ont pour conséquence de désorganiser les unités2 ; heureusement l’ennemi n’en profite pas directement. Malgré la pression adverse particulièrement forte entre Vitry le François et la forêt de Belval, les restes de la 3° D.C.R. (42° et 45°B.C.C., 16° B.C.P.) et des éléments de toutes armes parviennent à franchir la Marne dans le courant de la journée grâce à la résistance de la 3°D.I.N.A. (11° Armée) déployée le long de la Saulx et du canal de la Marne au Rhin. En fin de journée; la 3° D.C.R. se regroupe dans la région d’Outines et organise un barrage anti-chars entre Frignicourt et Valcourt, avec une petite section de chasseurs et un char léger à chaque pont.

Si la situation le long de la Marne ne cause pas d’inquiétude, il n’en est pas de même sur la gauche de la IV° Armée ; en effet, le VII° C.A. du général de la Porte du Theil, enfoncé au Sud de Montmirail dès le début du jour, oblige le XXIII° Corps d’Armée du général Germain à se couvrir face à l’ouest.

Pour ce faire, la 7°D.L.M. reçoit en fin de matinée l’ordre de se porter face à Sézanne et la forêt de la Traconne, jusqu’à l’Aube d’Anglure ; et la 82° D.I.A. celui de rassembler au sud des marais de Saint Gond les unités dont elle dispose encore. D’Épernay à l’Aube faiblement tenue par des unités d’instruction, le Corps d’Armée n’a que deux divisions bien diminuées à aligner sur 54 km ! Pour renforcer cette couverture et, malgré les grandes difficultés d’un mouvement de rocade, le général Requin n’hésite pas à prescrire à la 3° D.C.R. de se porter vers Mailly-le-Camp ou elle passera aux ordres du XXIII0 C.A..

Les Allemands qui savent la Marne tenue se contentent d’agir avec leur aviation sur les communications et les arrières, bombardant en particulier Arcis-sur-Aube et Troyes, accélérant l’exode des populations et ajoutant à la confusion. Beaucoup de témoignages de l’époque attribuent ces bombardements aux Italiens3.

La 7°D.L.M. entame son mouvement vers 15h mais l’embouteillage des routes par les réfugiés ne lui permet pas d’atteindre l’Aube. A la tombée de la nuit, elle occupe Connantre, Pleurs, Angluzelles et Courcemain. A la 11° Armée, la 6° D.I.C. qui s’était retirée le 12 au soir sur la ligne Tilloy et Bellay- Sainte-Menehould doit, le matin du 13, continuer son repli vers le sud-est. Le 11/5° R.I.C.M.S. attaqué dans la matinée par la tête de la 8° Panzer, succombe à la ferme de Neuf Bellay, tout comme le 1/6° R.I.C.M.S. à Braux Saint Rémy face à la 20° Division motorisée du général von Wiktorin ; le 43° R.I.C. subit lui aussi des pertes sensibles.

Au total ce sont quatre divisions de Panzer et deux motorisées qui s’engouffrent entre la Marne de Châlons et l’Argonne.

Ce coin enfoncé à la limite des IV° et 11° Armées rejette l’une vers le sud et l’autre vers le sud-est.

Ainsi la IV° Armée, largement débordée à l’ouest, est menacée en fin d’après-midi à l’est par le franchissement du canal de la Marne au Rhin à Etrepy, la pointe de la 1° Panzer tentant de pénétrer dans Saint Dizier4. Cette situation a pour effet de faire passer la 3°D.C.R. aux ordres de la 11°Armée et de rendre caduc le mouvement envisagé vers Mailly le Camp.

Vers 15h30, le général Requin prescrit à ses corps d’armée d’abandonner la Marne pour s’établir le 14 au matin sur une ligne : marais de Saint Gond-Sommesous-Vitry le François. Du fait des difficultés de transmission, le décrochage ne débute qu’à la nuit ; il passe d’ailleurs à peu près inaperçu de l’adversaire, lui aussi fatigué et diminué.

Comme son adversaire, le soldat allemand se déplace à pied et son artillerie suit au pas de ses chevaux; ce sont les divisions de Panzer, suivies par de rares divisions motorisées, qui exploitent, sèment la panique et bénéficient de l’omniprésence de l’aviation.

Malgré l’état de fatigue considérable des troupes, et grâce à l’utilisation intensive des camions que l’Armée a mis, jusqu’au dernier, à la disposition des 14° D.I. et 3o D.I.M., le repli s’effectue à peu près comme prévu au VIII° C.A.. Au XXIII° Corps, il est rendu difficile par l’encombrement indescriptible des routes, surtout entre Vertus et Fère Champenoise. Dans cette zone, les 82° DI.A. et 42° D.I. rencontrent en plus des colonnes de réfugiés, un flot de véhicules appartenant à plusieurs divisions (20°, 45°, 44° D.I.) de la VI° Armée. A ce propos, un sous-officier du 80° R.I. écrit : « Et nous, unité organisée et disciplinée, avions toutes les peines à rester unis dans cette cohue »

2    Ainsi, certaines compagnies du 91° R.I., ne rejoindront pas leur division et continueront de combattre au sein de la II0 Armée.

3    En raison du rayon d’action des appareils, il ne semble pas que l’aviation italienne ait pu intervenir en Champagne. Mais le ressentiment envers l’Italie qui vient d’attaquer la France le 10 juin explique pourquoi ces attaques aériennes sont attribuées à cette nation dont la neutralité semblait acquise. (Fiat a déjà livré environ 700 camions sur les 1600 commandés pour l’armée française).

4    Elle est stoppée par le Groupe de Reconnaissance de la Io D.I.C. en transit dans la ville et par un char B Ibis rescapé du combat dans le camp de Mourmelon et ayant perdu la trace de son bataillon. Ce char sera sabordé et abandonné au sud de Chaumony.

14 JUIN 1940 : UN REPLI PROFOND DIFFICILEMENT REALISABLE

En dépit des difficultés de déplacement, des pertes, de l’immense fatigue, du manque de ravitaillement en vivres, carburant et munitions, les unités des deux corps d’armée ont réalisé dans la matinée du 14 juin, le dispositif prévu entre les Marais de Saint Gond et Vitry le François, couverts à l’ouest par la 7° D.L.M. et à l’est par les quelques chars légers qui restent à la 3° D.C.R. Sur ce front bien mince, mais encore cohérent, l’ennemi ne manifeste pas de grosses activités, sauf sur le front particulièrement exposé des 82° D.I.A. et 42° D.I.

Le général Requin qui a eu connaissance le 13 juin vers 21h du franchissement de la Seine à Romilly, souhaite ramener son armée au plus vite sur l’Aube.

Mais le général Germain, au XXIII° Corps, à 25 km de là, n’en est informé que le 14 à 6h305. Il envoie aussitôt trois officiers de liaison porter à ses divisions l’ordre de se reporter sur la Superbe (à l’est d’Anglure), la Vaure, Fère Champenoise, Sommesous ; aucun ne parvient aux divisions, aucun ne réussira plus tard à rejoindre le P.C. du corps d’armée.

Au cours de cette journée, les unités isolées par l’interruption de toute liaison ne connaissent la situation que par les renseignements partiels et contradictoires qu’elles recueillent elles-mêmes. « C’est ainsi que le général Armingeat commandant la 82° D.I.A. est fait prisonnier vers 7h à Saint Saturnin, alors que, séparé de son quartier général et utilisant des moyens de fortune, il tentait avec son commandant d’infanterie divisionnaire et son chef d’état-major, de suppléer personnellement à l’insuffisance des liaisons » (cité par le Général Requin).

Toute la journée la Division d’Afrique tient sur les marais de Saint Gond et à Mondement, en liaison avec quelques éléments de la brigade blindée polonaise du général Maczek6. En fin d’après-midi, les restes des 1° Zouaves, 4° Marocain et 6° Algérien se replient sur l’Aube; récupérant la 44° D.I. du VII° C.A. qui, sans liaison avec son corps d’armée, stationnait dans la région d’Euvy couvrant les passages de la Maurienne7.

La 42°DI., voisine de la 82° D.I.A. mais sans liaison avec elle, résiste, en particulier à Bannes, et subit de nouvelles pertes. Elle ne décroche qu’à la tombée de la nuit sous la protection de son artillerie dont certaines pièces ont dû « déboucher à zéro » ; mais elle abandonne quelques canons dont les attelages ont été détruits par les bombardements et franchira l’Aube à Plancy et Pouan au lever du jour.

Les restes des 2°, 235° et 10° D.I., formant le groupement du général Klopfenstein, ont eux aussi quitté la Marne au cours de la nuit. Déployé entre Normée et Sommesous, il n’est pas inquiété et poursuit à partir de 13h son mouvement pour aller s’installer défensivement sur l’Aube entre Plancy et Arcis sur Aube.

La 7° D.L.M., installée depuis la nuit du 13 au 14 sur la Superbe pour couvrir face à l’ouest les mouvements du XXIII° C.A., est relevée de sa mission de flanc garde à partir de midi8. Elle franchit l’Aube à Viapres et le soir la Seine à Clerey (sud-est de Troyes) où un violent bombardement lui cause des pertes qui s’ajoutent à celle d’un escadron laissé en arrière-garde sur la Seine au nord de Troyes. A la nuit elle stationne dans la foret d’Orient.

Au VHP C.A. la situation est différente. Dès 4h, le général Requin a pu joindre le général Demazes par téléphone et lui prescrire de « ne pas user ses moyens au nord de l’Aube, et de continuer rapidement le repli sur cette rivière ».

Regroupée dans la région de Sompuis au cours de la nuit, la 3° D.I.M. renforcée par les régiments de la 53° D.L.I. et de quelques chars B1 bis encore en état de marche, est en place entre Sommesous et Coole vers 8h. À peine installée elle reçoit l’ordre de poursuivre le repli sur l’Aube. Sans les camions du Train qu’elle avait utilisés pour son regroupement, elle utilise au mieux les quelques véhicules de ses unités déchargés de leur contenu, mais pour la majorité des fantassins le repli se passe à pied. Couverte par les régiments de la 53° D.L.I. et son Groupe de Reconnaissance, la division est en fin de journée sur l’Aube d’Arcis, de part et d’autre de la localité.

La 14° D.I. qui, elle, a conservé les camions envoyés pour son regroupement, peut facilement se replier sur l’Aube qu’elle tient en fin de matinée d’Arcis à Ramerupt, se couvrant face à l’est avec son groupe de reconnaissance. Le P.C. du corps d’armée installé à Pavillon au nord-ouest de Troyes, doit organiser sa défense contre les engins blindés ennemis dès 10h, ce qui conduit le général Demazes à prescrire à la 14° D.I. de reprendre son mouvement en vue de passer la Seine. La division en fin de journée, se dirige vers le pont de Clerey.

A la 11° Armée, la situation devient très difficile. Les blindés allemands qui ont atteint Saint Dizier, sans y pénétrer, le 13 en fin d’après-midi, sont contenus sur la Marne entre cette localité et Vitry le François par les restes de la 3° D.C.R.

(16° B.C.P, 10°, 42° et 45° B.C.C., environ 200 fantassins et une vingtaine de chars légers H 39 ou R 35). Vers 8h, ces rescapés mènent une modeste contre-attaque en direction de Perthes ; elle échoue, mais prouve à l’ennemi que le cours de la rivière est tenu. Entrés dans Saint Dizier que ne défend plus aucune troupe, les Allemands remontent, en début d’après-midi, le cours de la Marne en direction de Chaumont. Pour rétablir la liaison avec la IV° Armée, le général Freydenberg commandant la 11° Armée constitue au nord de Bar sur Aube un groupement de forces aux ordres du général Doyen commandant le XVIII° C.A. C’est ainsi que des éléments du VIII° C.A, en particulier la 3° D.C.R., sont perdus pour la IV° Armée.

En fin de journée, à l’ouest, les Allemands atteignent Estissac, coupant la route Sens-Troyes, et parviennent aux abords de cette ville ; à l’est ils sont aux portes de Chaumont.

Dès lors la IV° Armée coincée entre deux masses blindées va devoir modifier son axe de repli et l’infléchir vers le sud- est, mais ses ordres ne parviennent plus aux grandes unités qui agissent en fonction de ce qu’elles connaissent de la situation et des itinéraires encore libres.

Les P.C. en constant déplacement, souvent obligés d’utiliser des itinéraires différents de ceux prévus, les transmissions téléphoniques désorganisées ou interrompues par les bombardements, la radio de peu de rendement, les officiers de liaison « englués » dans les colonnes mêlant réfugiés et militaires9 dont ils ne peuvent s’extirper, font que le commandement n’a plus d’action efficace.

Canons de 155 CS 17 détruits lors du bombardement de Fère Champenoise

5    L’officier de liaison porteur de l’ordre a mis plus de 8 heures pour couvrir les 25 km séparant les deux P.C. ! Le réseau téléphonique est désorganisé par les bombardements. Les faibles moyens radios, conçus pour une utilisation statique, n’ont pas donné les résultats espérés alors que les P.C. étaient souvent en mouvement.

6    Mise le 12 juin à la disposition de la VI° Armée, cette brigade n’avait pas pu enrayer l’avance des colonnes allemandes vers Romilly.

7    La présence de cette division, tout comme celles des 45° et 20° D.I., sur les arrières de son corps d’armée est ignorée du général Germain ; ces divisions sans contact avec une autorité supérieure ne peuvent qu’accroître la désorganisation.

8    Dans la matinée, elle est enfin rejointe par le groupement Grévy (quelques chars et dragons portés et le 4° R.A.M.) qu’elle avait dû laisser le 11 juin à Pontfaverger pour couvrir le VIII0 C.A.

9    II avait été prévu des itinéraires différents pour les réfugiés et pour les mouvements militaires, mais aucune gendarmerie ou prévôté pour les canaliser. Aux véhicules détruits par les bombardements s’ajoutent ceux en panne (sèche ou plus grave) qui gênent la progression des civils et militaires.

15 JUIN 1940 : ECHAPPER A L’ETREINTE

Alors que les Allemands sont entrés dans Paris mais ont essuyé un échec dans la trouée de la Sarre, la menace d’encerclement s’accentue pour la IV° Armée.

Les commandants d’armée et de corps d’armée n’ayant pu faire connaitre leurs ordres pour la journée du 15 juin, les généraux de division vont essayer à la lumière des renseignements qu’ils recueillent, de faire passer les maigres troupes qui leur restent au sud de la Seine, dans les délais les plus courts, compatibles avec l’extrême fatigue des hommes et des chevaux.

A la 82° D.I.A., après les combats livrés derrière les marais de Saint Gond, ce ne sont plus que des fractions isolées qui parviennent à franchir l’Aube à Boulages et Arcis-sur-Aube, et qui continuent en direction de la Seine. Ne pouvant rompre le bouchon allemand de Méry, les restes du 1er Zouaves remontent la Seine et retrouvent les tirailleurs dans les environs de Troyes. La quasi-totalité de la division y succombe après un dernier « baroud ».

La 42° D.I. qui vient de traverser l’Aube, espérant pouvoir prendre un peu de repos après ses combats de la veille et une nouvelle étape de nuit au milieu d’encombrements indescriptibles, ne trouve pas trace de l’organisation défensive que le dernier ordre du corps d’armée avait laissé espérer, hormis quelques sapeurs chargés de faire sauter des ponts parfois déjà détruits par l’aviation adverse. A son P.C. de Nozay, le général ne tarde pas à apprendre que l’ennemi est à Méry sur Seine et Arcis-sur-Aube (renseignement en partie inexact) et qu’un officier d’état-major aurait indiqué à toutes les troupes rencontrées qu’il fallait passer derrière la Seine au plus vite.

Les reconnaissances ne tardent pas à rendre compte que les ponts de Villacerf et Chauchigny sont occupés par l’adversaire ; par ailleurs, l’encombrement des routes interdisant de pouvoir gagner la région de Lusigny, il ne reste plus qu’à tenter de passer la Seine au sud-est de Troyes, en portant la division à l’est de cette ville. Après quelques petits combats d’arrière-garde sur l’Aube contre un ennemi qui heureusement ne pousse pas, le 151° R.I., le 94° R.I. et l’artillerie s’engagent sur la grande route d’Arcis à Troyes et parviennent en fin de journée dans la zone fixée, au prix d’une fatigue difficilement exprimable. Le mouvement du 80°R.I. à l’aile gauche est plus délicat. En accord avec l’état-major de la division, le colonel met son régiment en marche en direction de la rive droite de la Seine. A Chauchigny, la section moto qui éclaire la marche tombe sur un détachement ennemi appuyé par un char ; une courte action s’engage au cours de laquelle le chef de section, bien que blessé lui-même, grimpe sur le char allemand dont il tue les occupants avec son pistolet. Le colonel peut faire rétrograder son groupement et finit par rejoindre sa division en fin de journée. Son deuxième bataillon réduit à une centaine d’hommes a quitté le dernier la région de Bannes la veille ; arrivé en retard sur l’Aube, par suite d’un ordre mal transmis ou mal compris, il a continué sur Méry que les Allemands avaient évacué ; parvenu à Mesgrigny, il repousse 3 automitrailleuses mais doit repasser sur la rive est devant l’arrivée de renforts ennemis, sans avoir réussi à faire sauter le pont ; le bataillon ne pourra échapper à la capture au nord-ouest de Troyes, le 16 ou le 17 pour ses derniers éléments.

Le groupement du général Klopfenstein (2°, 10°, 235° D.I.), arrivé dans la région de Dosches la veille au soir, ne regroupe que de faibles éléments qui succombent presque tous dans la journée lors de la poursuite du repli vers le sud, au cours de petites actions sans envergure, mais parfois meurtrières.

Sans liaison avec le VIII° Corps, la 3° D.I.M. et les régiments de la 53°D.L.I. restent sur l’Aube de part et d’autre d’Arcis, jusqu’au milieu de l’après-midi, aidés par les derniers chars B1 bis du détachement du capitaine Gasc10. Ils ne sont plus que six sur l’Aube, presque à sec et sans huile ; ils assurent la défense de Nozay ; en début d’après-midi, un char contient les Allemands à Viapres avec quelques éléments disparates et finit par être touché et détruit ; un peu plus tôt, un autre disperse les Allemands qui progressaient vers la gare d’Arcis. Vers 15h, les « panzer » ont pu franchir l’Aube à l’est d’Arcis et poussent vers le Sud. Aux alentours de 18h, le détachement reçoit l’ordre de repli sur l’axe Voué- Montsuzain-Lusigny. Quatre chars incapables d’aller plus loin sont sabordés. Pour forcer le passage, il ne reste plus qu’une trentaine d’hommes, le «Villers Marmery» et quelques chenillettes de ravitaillement armées des mitrailleuses récupérées sur les chars. Après avoir démoli deux canons antichars, dispersé des fantassins, son canon de 75 bloqué, une chenille coupée, le dernier B Ibis, n° 374, est détruit par deux coups de 105 qui tuent le chef de char. Avec la disparition du dernier char lourd de la 3° D.C.R. le détachement submergé, sans munition, ayant perdu la moitié de son effectif, est capturé.

Dans la nuit, la 3° D.I.M. bien réduite traverse Bar sur Seine, en route pour Les Riceys, ce qui l’amène dans la zone du XVIII° Corps d’Armée de la 11° Armée ; dès lors elle est perdue pour le général Demazes et suivra le sort de la gauche de cette armée.

Quant aux restes des 20°, 45° et 44°D.I.11, ils achèvent de se disloquer entre l’Aube et la Seine où le nombre d’unités mélangées rend tout commandement illusoire ; leurs détachements harassés succombent presque tous au cours de la journée, plus victimes de la fatigue et de la cohue qui interdit à peu près toute réaction, que de la pression d’un adversaire qui en général se contente de suivre la retraite française.

Le PC du XXIII° C.A. a dû quitter Sommeval (16 km au sud de Troyes) en début de matinée sous la seule protection d’un peloton motorisé de son groupe de reconnaissance. Il n’a plus aucune troupe amie à l’ouest, l’ennemi progressant sur Auxerre en direction générale de la Loire. Le soir le général Germain a perdu le contact avec la IV° Armée comme avec ses divisions qui s’efforcent d’échapper à l’étreinte.

La 14° D.I. qui a trouvé le pont de Clerey détruit poursuit son mouvement vers le sud-est. Elle perd ses éléments hippomobiles au nord de la Seine mais grâce aux véhicules du Train qu’elle a conservés, ses fantassins parviennent en fin de journée au sud-est de Tonnerre, passant par Bar sur Seine et Chaource; et poursuivent dans le courant de la nuit vers Chastellux sur Cure, selon les instructions du VIIFC.A.

La 7°D.L.M. gagne dans l’après-midi la forêt de Saint Jean à l’ouest de Montbard où, avec les éléments motorisés du groupe de reconnaissance du VIII° Corps, elle assure une bien modeste couverture face à la direction d’Auxerre, localité occupée par les Allemands depuis la fin de la journée. Le PC du VIII° Corps, qui s’était replié de Pavillon à Chennegy (8 km au sud d’Estissac) la veille, il doit lui aussi se retirer dès le jour pour gagner le Morvan au sud d’Avallon et n’a plus de liaison qu’avec la 14° D.I.

Les Allemands franchissent la Seine à Méry sons la protection d’une unité antichar d’une division SS motorisée

Entièrement découverte à l’ouest, la IV° Armée reste, à l’est, en contact avec la 11° Armée12 dont la gauche retraite également entre Bar sur Aube et le cours supérieur de la Seine. Pour les unités qui restent encore cohérentes, il ne reste plus qu’à tenter de passer la Seine le plus vite possible, avant que l’ennemi qui progresse sur les deux rives occupe les ponts et interdise toute retraite : véritable défi pour des troupes qui depuis le 9 juin, se battent le jour, marchent de nuit, et n’ont plus été ravitaillées depuis la Marne.

16 JUIN 1940 : LES DERNIERES TENTATIVES POUR L’HONNEUR

Au soir du 15 juin, il ne reste plus d’unités cohérentes dans la zone de la IV° Armée entre l’Aube et la Seine hormis la 42° D.I. qui, bien diminuée, s’est regroupée à l’est de Troyes.

Le général Keller avait passé la journée avec ses troupes, vu tous ses chefs de corps. Ce n’est pas une horde, mais une unité commandable. Dans la nuit et en l’absence de tout renseignement, deux possibilités s’offrent pour reprendre le mouvement, soit vers Chaumont (occupé par les Allemands, ce que le général ignore), soit en direction du sud en essayant de passer la Seine assez loin de Troyes pour ne pas se heurter à des forces trop importantes. Retenant ce choix, le général engage sa division dès l’aube du 16 sur la route de Vendeuvre sans attendre le résultat des reconnaissances envoyées sur les ponts entre Clerey et Bar-sur-Seine. Arrivant à Lusigny vers 7h, le général et une partie de son état-major tombent sur un assez fort détachement allemand. Avec le seul canon disponible à cet instant, une petite opération menée avec les unités les plus proches permet de rétablir, non sans pertes, le passage. Peu après le Groupe de Reconnaissance rend compte que les ponts de Courtenot sont libres ; aussitôt les détachements s’engagent dans cette direction, malgré un nouvel accrochage dans la région de Lusigny. Sur la rive gauche de la Seine, un élément du Groupe de Reconnaissance du XXIII° C.A. donne des nouvelles réconfortantes : la Seine en amont de Saint-Parres-les Vaudes sera tenue jusqu’à la nuit et, à Bar-sur-Seine, se trouve déjà un bataillon de la 240° D.L.I. ; enfin au nord-est de la Forêt de Chaource, la brigade blindée polonaise est prête à rejeter l’ennemi vers le fleuve.

Tandis que la Division passe lentement, mais en bon ordre sur la rive sud et que les régiments gagnent leur zone de stationnement, le chef d’état-major ne tarde pas à revenir de Bar-sur-Seine vide de troupes, hormis quelques sapeurs chargé de faire sauter les ponts. La 240° D.L.I. qui devait tenir la Seine, avait reçu l’ordre de faire demi-tour dans la matinée. Peu après 15h des explosions en direction de la forêt d’Aumont semblent indiquer que l’ennemi progresse plus à l’ouest. Verslôh, la brigade polonaise passe à Praslin, filant à toute allure vers le sud, et peu après c’est le défilé ininterrompu des « panzers » sur la route Chaource- Tonnerre, mais aussi l’attaque de Balnot la Grange où se défend un escadron du groupe de Reconnaissance, qui résistera jusqu’à la fin de l’après-midi.

Dès lors, il est urgent, malgré l’extrême fatigue, de faire l’impossible pour échapper à cette nouvelle menace, en prenant la route Les Riceys-Laignes. C’est l’ordre envoyé aux unités à 18h30. A 19h, les cavaliers motorisés rencontrés le matin et qui devaient tenir la Seine passent à toute allure aux Riceys, puis une partie de l’artillerie divisionnaire, les restes du 94° R.I., le tout pressé, débordé par le flot des réfugiés. Comme cela était prévisible, les officiers de liaison auprès des 151° et 80° R.I. n’ont pas rejoint l’état-major. A peine arrivées dans leur zone de stationnement, les unités ont été aux prises avec l’adversaire. Le 151°R.I. est attaqué vers 17h à Vougrey, une automitrailleuse allemande est détruite par un des derniers canons de 25, mais la lutte et trop inégale ; le Lieutenant-Colonel Daval commandant le régiment tombe, un mousqueton à la main. A la faveur de la nuit, quelques groupes parviennent à se dégager, mais seront capturés le lendemain matin.

Le 80° R.I. est attaqué lui aussi à Lantages par des automitrailleuses contrées par un canon de 25 ; l’échange de coups de feu dure jusqu’à la nuit puis les automitrailleuses disparaissent. Le Lieutenant-Colonel Cottenet qui n’a été touché par l’ordre de repli, mais orienté sur la situation par un officier d’état-major de la division rencontré l’après-midi, décide de reprendre le mouvement vers le sud ; il part avec le premier groupe mais se heurte à l’ennemi à Pargues ; après une courte lutte le groupe est capturé. Il en est de même des autres détachements ; quelques-uns se défendent vaillamment. C’est ainsi que quelques officiers et trente hommes ou gradés du Centre d’instruction Divisionnaire fortement armés attaquent les Allemands à Balnot la Grange vers 20h, délivrent des prisonniers français et attaquent à nouveau l’ennemi qui s’est retranché à 300m du village. Ayant épuisé toute leurs munitions au terme d’un combat de trois heures, ils succombent aux premières lueurs de l’aube. Aux Riceys, un autre groupe essaie de se frayer un chemin par la force mais échoue lui aussi perdant deux officiers de l’état-major de la division.

Dans la matinée du 17 juin, la longue et lente colonne cheminant sur la route des Riceys à Laignes, qui n’a plus de capacité défensive, est entourée et prise. Le général et les éléments motorisés du groupe de reconnaissance poursuivent vers Dijon; mais n’échappent pas à la capture. Ainsi disparaît la dernière division de la IV° Armée qui se repliait à pied.

Ayant perdu tout contact avec la VI° Armée depuis plusieurs jours, la IV° Armée a encore un vague contact avec la gauche de la 11° Armée puisque la 240° D.L.I. appartient à cette dernière. Hâtivement formée avec des bataillons d’instructions, sans artillerie ni groupe de reconnaissance, elle tenait la Seine le 16 juin au lever du jour de Rumilly à Gye sur Seine. Passée aux ordres du général Buisson commandant la 3° D.C.R., à 8h30 elle reçoit un ordre de repli immédiat sur Montbard sous la protection de la brigade blindée polonaise. La 3° D.C.R. a passé la Seine dans la nuit du 15 au 16 à Bar sur Seine ; ses éléments sont dispersés entre le PC. du XVIII° C.A. et la 56° D.I. et font route vers Montbard.

                                Fusils mitrailleurs modèle 24/29 en position

La 3° D.I.M.et les éléments rattachés de la 53° D.L.I. sont regroupés au sud des Riceys dans la matinée du 16 et continuent le repli vers Bagneux les Juifs. Toutes ces divisions succombent le 17 ou le 18 dans la région de Montbard. Ainsi, le 16 juin, la IV° armée se trouve réduite à :

–    la 7° D.L.M. ; aux environs de Saulieu, elle perd ses dix derniers chars au terme d’un combat héroïque, qui permet aux Dragons portés de franchir la Loire à Gannay et de s’installer entre Decize et Bourbon Lancy,

–    la 14° D.I. ; après des accrochages dans la région d’Avallon, elle passe la Loire et assure la défense des ponts de Fourchambault et Nevers.

Les P.C. de la IV° Armée et des VIII° et XXIII° corps se consacrent dès lors à la défense de la Loire avec les faibles moyens dont ils disposent encore et les éléments régionaux qu’ils incorporent. L’armistice les trouvera au sud de Clermont Ferrand. A cette date le potentiel blindé de la 7° D.L.M. est réduit à une auto mitrailleuse !

Au terme de cette brève évocation des combats livrés par la IV° Armée de l’Aisne à la Seine il convient de mentionner que l’aviation française trop souvent absente au-dessus des combattants s’est cependant manifestée, modestement certes et en petits groupes qui ne pouvaient être efficaces.

Les bombardiers, parents pauvres de l’armée de l’air, sont intervenus le 9 juin sur Rethel et la nuit suivante sur les carrefours de Mézières et de Signy l’Abbaye ; le 10 juin, neuf appareils modernes attaquent les colonnes blindées vers Avançon et malgré une protection de la chasse, connaissent des pertes. Le 12, le mauvais temps ne permet qu’à trois avions d’attaquer près de Châlons ; le lendemain, ce sont huit équipages qui attaquent des convois entre Châlons et Pogny, deux sont abattus.

Le 14, neuf appareils bombardent les sorties sud d’Épernay, et le 15, ils ne sont que quatre au-dessus de la région de Romilly-Méry ; et trois pour s’en prendre aux colonnes allemandes au sud de la route Vitry le François – Sommesous! Effort méritoire des équipages pour des résultats dérisoires.

10    II s’agit des treize chars de la 3° DCR évacués pour réparation, qui ont défendu les ponts de la Marne au sud de Châlons le 13 juin avec la 53° DLI, et qui, depuis, se replient avec elle.

11    Ces divisions appartenaient au VII0 CA de la VI0 Armée, donc à l’ouest de la IV° Armée. Le 13 et le 14 juin, elles s’étaient trouvées, sans liaison, sur les arrières du XXIII0 CA (voir plus haut).

12    Liaison maintenue par l’intermédiaire de la 3° DCR, intégrée la veille au XVIII° corps de la II° Armée.

Si la IV° Armée de 1940 n’a pas connu les succès de sa devancière, du moins elle s’en est montrée digne. Découverte sur son flanc gauche, cisaillée le 12 juin par deux Panzerdivisionen, elle est parvenue à se ressouder au prix de fatigues inouïes et à faire front, le 14, alors qu’elle était débordée sur les deux ailes. Considérablement réduites, manquant de ravitaillement, ses divisions ont succombé victimes de l’épuisement, de la désorganisation créée par l’adversaire et de l’absence de liaisons. Malgré les difficultés, au milieu d’un flot croissant de réfugiés, l’immense majorité des combattants, surtout ceux de l’avant, a su combattre jusqu’au bout pour éviter la capture, toujours mue par l’espoir qu’une ligne de résistance plus au sud arrêterait l’ennemi. Sans nier les défections, voire les lâchetés de quelques-uns, il est juste de rendre hommage à cette IV° Armée de 1940 qui a combattu

POUR L’HONNEUR

Source ASMAC

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