J’ai travaillé avec les français

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J’ai travaillé avec les français

À lire l’appréciation positive des Français à l’égard de leur armée, ils ne sont pas les seuls, tant il est vrai qu’elle suscite également l’estime des Britanniques et Américains en particulier, même s’il faut parfois la lire entre les lignes. Les blagues sur l’armée française sont nombreuses à l’étranger, et certains clichés sont tenaces sur la valeur du militaire français, mais lorsqu’un soldat américain prend la plume pour rendre compte de son vécu aux côtés de ses homologues français, les préjugés n’ont qu’à bien se tenir.

À chaque fois que je dis à quelqu’un que j’ai travaillé avec les Français, on me répond des trucs du genre, « Tu veux dire que les Français ont une armée ? », « Ils ont déposé les armes le jour où tu es arrivé ? », « Tu as dû travailler avec la Légion étrangère. Ils ne sont pas vraiment Français », ou autres variantes sur le thème du Frenchy froussard. Ces commentaires, tout à fait erronés, me tapent sur les nerfs. J’ai servi avec quelques légionnaires et avec beaucoup de soldats du régime général. Qu’importe l’avis du gouvernement ou de l’opinion publique française ?! Leurs soldats sont courageux, bien entraînés, aguerris et agressifs.

Je l’admets, j’avais une mauvaise opinion sur les soldats français avant de servir à leurs côtés. Au Kosovo, l’armée française avait la réputation d’être engagée politiquement et d’être inefficace. En tant que policier pour les Nations Unies, j’ai travaillé avec les gendarmes français. Ils n’aimaient pas non plus les troupes régulières françaises. Donc, au début de l’année 2009, quand on m’a dit que je partais sur une base française en Afghanistan, j’étais un peu inquiet. Je ne parlais pas français, je n’avais pas une vision positive de leurs troupes et j’avais peur d’être scotché avec des personnes qui ne voulaient pas aller au combat. Je précise que j’avais passé tout mon déploiement en Irak dans un Humvee au sein d’une équipe d’escorte de convoi ; cette mission était pourrie et je ne voulais plus rien avoir à faire avec des planqués ou des forces de protection. En Afghanistan, je voulais passer le plus de temps possible à pied avec des gars qui voulaient en découdre. Les Français, pour moi, ne ressemblaient pas à ça. Puis, je me suis renseigné. Je suis allé voir des soldats qui étaient allés en Afghanistan pendant un moment et je leur ai demandé ce qu’ils pensaient des Français. Et j’ai entendu quelque chose d’inattendu, une phrase que j’allais entendre plusieurs fois au cours de mon déploiement : « Les seuls soldats qui veulent vraiment se battre sont les Américains, les Britanniques et les Français ». Cette phrase était, bien sûr, injuste envers les Australiens et les Canadiens. Ça devait être également injuste envers les Allemands, qui ont la réputation d’être des guerriers frustrés par leur gouvernement qui ne les autorise pas à mener une « Blitzkrieg (*) » sur les talibans comme ils le voudraient. Cette phrase ne rend pas assez hommage non plus à certaines unités de l’armée nationale afghane qui se sont montrées agressives et prêtes à se battre. En plus de donner aux Français des louanges bien méritées, cette phrase soulève une vérité qui dérange.

« Décrire ces hommes comme des lâches est absolument injuste »

Plusieurs pays, apparemment en réponse à la pression politique américaine, ont envoyé à contrecœur des troupes en Afghanistan. Ces troupes reçurent l’ordre de rester dans les bases. Et si les hommes sortaient, ils ne montraient aucun désir de risquer leur vie pour une cause à laquelle ils ne croyaient pas. À titre d’exemple, un de mes meilleurs amis a travaillé avec des militaires d’une autre nation (je ne la citerai pas, car je n’ai pas eu d’expérience avec elle et je ne veux pas faire courir de rumeurs calomnieuses, cependant mon ami est fiable, c’est un vétéran expérimenté à qui je fais confiance). Selon lui, les soldats de cette nation « patrouillaient » dans un champ tout près de la base avancée, s’asseyaient, et quelques heures plus tard rentraient au bercail. Ils prenaient grand soin d’éviter le danger et quand ils se faisaient attaquer, ils se repliaient immédiatement. Il m’a raconté une anecdote qui s’est produite au Centre des Opérations Tactiques (Tactical Operations Center). Les caméras ont surpris une cellule talibane préparant un tir de roquette à partir d’un emplacement souvent utilisé. Pendant qu’ils les observaient préparer le tir sur la base, mon ami leur a demandé, « Pourquoi vous ne leur tirez pas dessus ? ». Un des officiers a alors répondu « Nous ne pouvons pas, ils ne nous ont pas encore tiré dessus ». Les talibans ont tiré la roquette. Sans un mot, tout le monde a bondi et couru vers les bunkers. Ils savaient d’expérience que l’impact aurait lieu dans la quinzaine de secondes à suivre. Mon ami les suivait à couvert. Quelques secondes plus tard, la roquette a explosé. Tout le monde est retourné au CO. Les caméras montraient les talibans en train de fuir les lieux. Frustré, mon ami a demandé « Pourquoi vous ne leur tirez pas dessus maintenant. » La réponse fut, « Nous ne pouvons pas tirer. Maintenant, ils sont désarmés ».

Une autre armée de la coalition, l’armée italienne, a été largement soupçonnée d’avoir payé les talibans afin de ne pas être attaquée. Les Français étaient furieux d’apprendre cela, à juste titre. En 2008, des Paras français ont relevé des Italiens dans une zone
d’opérations. Au cours de l’année précédente, les Italiens n’avaient eu à déplorer qu’un seul mort et avaient évalué la zone comme étant peu risquée. Les Français tinrent compte de cette observation et envoyèrent leurs premières patrouilles équipées d’armes légères, d’une centaine de cartouches par homme et de l’équipement standard. La patrouille fut prise en embuscade. Un groupe de dix fut séparé, cloué au sol et encerclé. Ces soldats furent abattus jusqu’au dernier. Malgré les rapports italiens, les talibans avaient une force conséquente dans cette région. Mais ils attaquaient rarement les Italiens. C’était la même chose avec les insurgés irakiens autour de Nasiryah quand j’étais à Tallil en 2005 : ils n’attaquaient jamais les Italiens non plus.

Tiens, je me demande pourquoi…

« Nous, dans l’armée américaine, sommes souvent traités comme des gamins de maternelle attardés »

Je suis arrivé en Afghanistan six mois après cette embuscade. Durant les neuf mois qui ont suivi, j’ai effectué plusieurs patrouilles et des missions de reconnaissance avec les Troupes de Montagne et les Marsouins français. J’ai appris à parler le français suffisamment bien pour pouvoir relayer les communications entre les forces françaises et américaines. À ce moment, j’étais le seul Américain participant aux missions aux côtés des Français. Mes inquiétudes n’étaient absolument pas fondées, et depuis je m’énerve à chaque fois que j’entends la vieille remarque « les Français sont des lâches ».

Nous, dans l’armée américaine, sommes souvent traités comme des gamins de maternelle attardés.

Je pense que tout soldat de l’US Army devient violent à l’idée de porter une ceinture réfléchissante dans une zone de combat.

J’avais pour habitude de hocher la tête devant les nouveaux commandants à Bagram qui ordonnaient à leurs soldats de se déplacer dans la base accompagnés d’un camarade, même pour aller aux toilettes juste à côté de la tente. Beaucoup d’entre nous, particulièrement les sous-officiers expérimentés, étions irrités par la mentalité « Tu es trop stupide pour que je te fasse confiance » qui a imprégné l’armée. Et ne me lancez pas sur la consigne Numéro 1, l’interdiction de l’alcool ! Je ne bois pas, mais je dois être pratiquement le seul au monde ! Ce ne serait pas manquer de raison que d’autoriser des adultes, hommes ou femmes, à échapper au stress des combats à travers une ou deux bières. Apparemment, notre commandement pense que s’il nous autorisait à boire nous deviendrions des psychopathes à la Robert Bales (**). L’idée d’une consommation d’alcool de façon raisonnable et contrôlée semble créer un blocage dans le cerveau de nos dirigeants. Les Français, de leur côté, n’ont pas ce problème. Beaucoup d’Américains m’ont demandé « C’est vrai que les Français servaient du vin au dîner ; et qu’ils avaient du vin dans leurs rations ? » La réponse est oui et non. Ils ne servaient pas seulement du vin au dîner, mais parfois également au déjeuner. La base sur laquelle j’étais stationné, qui n’était pas très grande, possédait trois bars. Les militaires pouvaient avoir tout l’alcool qu’ils voulaient dans leurs tentes.

« Contrairement aux croyances conventionnelles américaines, les Français aiment se battre »

J’ai effectué une mission d’une semaine dans un poste de combat avec un peloton de reconnaissance français. Ce poste était à l’extrémité de la zone contrôlée par la coalition, entourée par les talibans. Un officier adjoint de la compagnie, un capitaine, nous accompagnait. Alors que nous nous installions dans le poste avancé, la première chose que fit la troupe fut de sortir des bières et de préparer un grill pour les steaks.

J’ai eu une discussion avec le capitaine à propos d’évènements stupides qui surviennent dans l’armée américaine. Comme ce sergent — chef et ce capitaine en Irak qui avaient pour seul devoir d’engueuler les troupes à l’ordinaire qui portaient des bracelets en cordage commando. Je n’oublierai jamais ce capitaine français debout, totalement détendu avec une bière à la main, sans pare-balles ou casque, tandis que les autres faisaient griller la viande derrière lui, me disant que ce genre de chose n’arrive pas dans l’armée française.

Alors oui, les Français peuvent boire autant qu’ils veulent tant que cela ne les empêche pas de faire leur devoir. Mais, en revanche, les rations françaises que j’ai vues ne contenaient pas de vin. Désolé les gars.

Contrairement aux croyances conventionnelles américaines, les Français aiment se battre.

Je les accompagnais lorsqu’ils ont envahi, avec l’aide des troupes afghanes et d’une poignée d’Américains, une vallée tenue par les talibans. Les militaires français ne fuient pas face au contact. Ils préfèrent avancer vers l’ennemi et tirer, beaucoup tirer.

Quand nous avons pris cette vallée, les Français ont tiré beaucoup de munitions. Ils ont arrosé avec des obus de mortiers, du 81 et 120 mm. Ils ont tiré des missiles antichars MILAN sur toutes les cibles valables. Leurs blindés ont explosé les enceintes tenues par les talibans. Ils ont eu recours à beaucoup de frappes aériennes (toutes Américaines à l’époque ; les avions français ne les ont soutenus que plus tard sur d’autres missions). Un des véhicules français a été touché par un tir de RPG et son pilote tué. Les Français ont continué plutôt que de rester paralysés suite au décès. Une des choses qui m’a le plus touché a été de voir, plus tard dans la nuit, un groupe de soldats récupérer le corps de leur camarade décédé en l’extrayant du véhicule carbonisé.

Les Troupes de Montagnes ont été engagées dans divers accrochages au cours de leur déploiement, des accrochages souvent longs et intenses. L’un a été gigantesque, impliquant plusieurs bataillons sur plusieurs jours. Les Marsouins français ont été au contact plus de quatre-vingt-dix fois pendant leurs six mois de déploiement. Personne n’a bronché face au combat.

Un des gros avantages des Français sur nous était leur utilisation des blindés. Nous sommes toujours convaincus qu’une force blindée est efficace pour vaincre desT-80 qui traverse la trouée de Fulda (***), mais pas pour se battre contre des insurgés en région montagneuse. Les Français avaient des AMX — 10, des blindés à roues qui étaient parfaits pour les combats de contre-insurrection. Ils ont été d’une aide non négligeable.

Une nuit, avant une opération majeure, j’étais allongé à côté du périmètre du poste avancé. Je me suis endormi vers minuit. À trois heures, une énorme explosion m’a réveillé. Je suis resté sur mes gardes pendant un moment, puis j’ai demandé à un Marine en faction ce que c’était. Il m’a répondu « Je ne sais pas, mais quelque chose est passé au-dessus de nos têtes ». Quand le soleil s’est levé, j’ai été surpris de voir un AMX-10 au milieu d’une montagne, derrière le poste avancé. Un équipage de blindé, courageux et/ou stupide, avait roulé sur un chemin étroit dans le noir et tiré sur quelques talibans. Je n’enviais pas le pauvre pilote qui avait dû négocier ce passage, ou le chargeur qui, j’en suis sûr, avait dû aller à l’avant du blindé, sachant qu’une erreur pouvait faire dégringoler le véhicule jusqu’en bas de la montagne. Étant à l’origine tankiste, je peux vous dire que piloter ce blindé sur cette montagne est une chose que des lâches n’auraient pas faite. Les Français ont une excellente condition physique. Ils avaient l’habitude de marcher partout, tout le temps. Je ne dis pas qu’ils pourraient surpasser une unité d’infanterie américaine typique, mais ils étaient en meilleure forme que ce que les Américains pouvaient penser. Cela nous a amenés à une situation assez amusante avec une section d’éclaireurs américains mon ami m’a dit qu’en France, ils n’avaient que peu de véhicules disponibles pour l’entraînement. Si une unité avait besoin de tous ses véhicules de transport de troupes pour un exercice, elle devait dépouiller tous les véhicules de l’ensemble du bataillon. Comme beaucoup d’Européens, ils ont une vie moins sédentaire que nous. Les Troupes de Montagne, notamment, gravissaient des pentes toute la semaine à l’entraînement. Au cours des week-ends, certains recommençaient pour leur plaisir. C’est leur façon de vivre. Lors d’une mission, les éclaireurs américains d’une autre base devaient gravir une montagne pour mettre en place une position d’observation avec les Français. Un des capitaines français m’a plus tard avoué qu’ils avaient exprimé des inquiétudes concernant les capacités des Français (« Les gars, vous êtes certains d’être aptes ? Vous pensez pouvoir tenir ? ») et qu’il les avait rassurés sur ce point. La mission débuta le matin suivant. Trop chargés, les éclaireurs US ont commencé à ralentir après une centaine de mètres. Le capitaine m’a dit que ses hommes et lui-même avaient dû récupérer un paquet de chargeurs et d’eau jetés par les éclaireurs et qu’ils les avaient aidés à parvenir au sommet. Les éclaireurs US ne dirent plus rien de mal après ça !

« ils avaient l’habitude de marcher partout, tout le temps »

Le plus fou de mes amis était tireur d’élite dans un régiment des Troupes de Marine. C’était un type pas très grand, 1,70 mètre pour 68 kg. Au cours des missions, il portait un gilet pare-balles standard, un fusil de précision de calibre 50 (12,7 mm), un sac à dos avec tout le reste de son matériel et une MINIMI (désignation française de la M249 SAW) dans les mains. Malgré le fait qu’il portait son propre poids, il refusait de prendre un FAMAS à la place de la MINIMI, car il pensait avoir besoin d’une sérieuse puissance de feu si sa planque était découverte. Je suis allé plusieurs fois en mission avec son équipe et à chaque fois nous devions grimper trois heures ou plus dans le noir pour nous installer en observation. Je ne l’ai jamais vu ralentir malgré ses 70 kilos d’équipement.

Un jour, la MINIMI du sniper s’est cassée au champ de tir. Il l’a apportée à l’armurerie, mais il n’y avait aucune pièce pour la réparer. Il est alors venu me voir la veille d’une mission et m’a demandé si je pouvais trouver une autre SAW. Je lui ai dit que nous n’avions que des M4, des Ml4 et une mitrailleuse M240B. En se pinçant les lèvres, il m’a demandé s’il pouvait la voir. Une M240 est bien plus lourde qu’une MINIMI. Je pensais « Il ne pourra jamais emporter une 240 et un fusil de sniper ». Nous sommes allés dans la tente de mon équipe. Le sniper souleva la 240, évalua le poids : « C’est pas mal. Je peux voir les munitions ? » Je lui ai passé une bandoulière d’une centaine de cartouches. Il a hoché la tête et m’a répondu « Oui, ça sera très bien. Cent cartouches de chaque côté de mon pare-balles, cent autres chargées dans l’arme et trois cents de plus dans mon sac. Ça ne sera pas trop lourd. Je peux te l’emprunter s’il te plaît ? » J’ai incliné la tête. Le seul poids des munitions supplémentaires aurait presque achevé mon vieux dos de 38 ans. « Mec, tu es fou. Mais si tu la veux, vas-y ». Nous avons amené l’arme jusqu’à sa tente. Plus tard, son chef d’escouade


« Travailler avec l’armée française aura été un moment phare de ma carrière »

l’a vue et a refusé qu’il la prenne avec lui. Le sniper était déçu. Nous savions tous les deux qu’il était capable de porter un tel poids, finalement, le chef d’escouade avait fait le bon choix : pendant cette mission, une tempête de grêle nous a surpris alors que nous étions sur un des sommets, tuant trois soldats français. Cette mission a été l’une des expériences les plus physiques et les plus brutales que j’ai eu à vivre. Bien que peu chargé, j’ai eu beaucoup de mal à tenir. Mais je n’ai pas vu un seul des Marsouins lutter pour grimper jusqu’en haut de la montagne ou pour redescendre après la tempête, ou au cours de la longue marche pour sortir de la vallée. Je n’ai pas vu un seul d’entre eux reculer quand on nous a ordonné de revenir et de remonter la montagne dans cette vallée.

À tous les échelons, travailler avec les Français a été chose facile. Ils semblaient fiers de servir aux côtés d’Américains. Une chose qui m’a énormément impressionné, c’est que beaucoup de soldats des Troupes de Montagne portaient des insignes Américains, surtout ceux de la 82nd Airborne ou de la 101 st Air mobile. Certains d’entre eux étaient follement épris de nos armes et sautaient sur la moindre occasion de s’entraîner avec nous. Ils étaient également très réceptifs à l’idée d’intégrer des Américains dans leurs escouades. Mon escouade, parmi d’autres, a développé un rapport professionnel fantastique avec les Français, et a maintenu des amitiés avec beaucoup d’entre eux. L’un est déjà venu me voir au Texas, un autre doit bientôt venir. Un des Marsouins a emménagé aux États-Unis ; il s’est marié avec une Américaine et attend sa citoyenneté avec impatience. Je serai fier de l’appeler un jour Américain.

Travailler avec l’armée française aura été un moment phare de ma carrière. L’armée française est vraiment efficace. Ils ne sont pas parfaits, mais nous non plus. J’ai vu des soldats et des chefs français faire des fautes ou des erreurs de jugement. J’ai entendu des pioupious se plaindre du commandement. J’ai vu la même chose chez les Marines ou dans l’armée US. Les Français ont quelques côtés un peu bizarres, mais dans l’ensemble ils sont extrêmement dévoués, compétents et courageux.

Et maintenant, venons-en au but. Les gars, je n’ai pas écrit cela seulement pour vous distraire. Je l’ai aussi écrit comme un appel.

J’aimerais que les Américains, les guerriers américains en particulier, reconsidèrent les points de vue négatifs qu’ils peuvent avoir sur les troupes françaises.

Les Français sont partis en guerre en Afghanistan et ont perdu une centaine d’hommes au combat, pas parce que la France a été attaquée. Ils se sont battus pour nous, car nous avons été attaqués. Ils ont tenu bon pendant des années, subissant des pertes sans se démonter. Ils n’ont pas retiré leurs forces principales jusqu’à ce qu’ils subissent de lourdes pertes venant des Forces de sécurité afghanes. Je ne blâmerai aucun de ceux qui refusent de soutenir les troupes d’une nation qui les assassine.

Aujourd’hui, les Français se battent contre notre ennemi terroriste commun en Afrique, ils subissent des pertes, mais l’affrontent sans relâche. Ils méritent des éloges et du respect pour ce qu’ils ont fait en Afghanistan et pour ce qu’ils continuent de faire aujourd’hui. Les vieilles blagues sur les fusils conçus pour être abandonnés, ou les articles « satiriques » sur les soldats français essayant de se rendre, ne sont pas seulement des clichés stupides : ce sont des insultes envers des hommes courageux et honorables qui se sont tenus au sens figuré au coude à coude avec nous en tant que nation, et au sens propre en tant que soldats.

Un Américain « bluffé » par la « french touch ». Voici bien un témoignage direct et savoureux qui déconstruit certaines idées reçues qui circulent dans les rangs des forces armées américaines sur leurs homologues français (les fameux « singes capitulards et bouffeurs de fromage ») et musèlent les mauvaises plaisanteries sur « les chars français possédant six vitesses en marche arrière » ou « le couteau de l’armée française comptant 49 accessoires plus un drapeau blanc ». Les stéréotypes ont la vie dure, mais l’auteur, Chris Hernandez, ancien Marine passé ensuite dans la Garde nationale du Texas (avec un séjour en 2005 en Irak à escorter des convois) les déstabilise en toute transparence. Entre puritanisme et vanité à l’Américaine, il ménage une belle place à ses frères d’armes français. On n’oubliera pas d’ajouter qu’un militaire américain, quel qu’il soit, se damnerait pour arborer la Légion d’honneur.    

Sources : http://chrishernandezauthor.com (*) Le Blitzkrieg est une stratégie offensive visant à emporter une victoire décisive par rengagement localisé et limité dans le temps d’un puissant ensemble de forces mécanisées, terrestres et aériennes dans l’optique de frapper en profondeur la capacité militaire, économique ou politique de l’ennemi.

(**) Le sergent Robert Baies, qui a avoué avoir assassiné en 2012 16 civils lors de raids nocturnes solos en Afghanistan, a été condamné en août 2013 à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle.

(***) Située entre la frontière de l’ancienne Allemagne de l’Est et la ville de Francfort, la trouée de Fulda fut d’une importance stratégique majeure au cours de la Guerre froide.

Source Médaille militaire juin 2014


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