Les brigades combattantes de la gendarmerie

Les brigades combattantes de la gendarmerie
(août-octobre 1914)

La gendarmerie a-t-elle fait la guerre de 1914 ? Dès l’armistice, la question divise. Pour les Poilus, qui font L’essentiel de L’opinion après- guerre. Les gendarmes ont tôt fait de se résumer aux prévôtaux, et Les prévôtaux de se confondre avec Les cours martiales ou Les services de L’arrière, communément décriés. Pour Les intéressés en revanche, seule existe La Garde républicaine, régimentairement organisée et dont Le personnel, progressivement intégré au sein des corps de troupe, déplore plus de 200 morts à L’issue du conflit. Ainsi, entre Les détracteurs de L’Arme, pour qui « Le front commence au dernier gendarme», et ses thuriféraires, qui n’hésitent pas à avancer qu’elle a sauvé Le pays, L’historien s’interroge.

Pas d’unité combattante dans la gendarmerie

 Images d’Épinal d’un gendarme sabrant un uhlan
Au début de la campagne.
Coll. Musée de la gendarmerie

La campagne contre l’Allemagne ne figure sur aucun des emblèmes de l’Arme, et à de rares exceptions près, les gendarmes de la Grande Guerre n’ont pas eu droit à la carte du combattant. On ne saurait dire, pourtant, que la gendarmerie n’a pas combattu.

Certes, contrairement à ce que prévoit son décret organique du 20 mai 1903, il n’est pas constitué, à la mobilisation, d’unité combattante au sein de la gendarmerie. Cette disposition, symboliquement si importante pour le corps, se heurte dès l’origine à son insuffisance numérique. Forte, en métropole, de moins de 25000 hommes en 1914, l’Arme est tout juste en mesure d’assurer son service ordinaire à l’intérieur et ses missions exceptionnelles apparues avec l’état de guerre. Pour autant, dès le début des hostilités et tout au long de leur cours, de très nombreux affrontements impliquent des militaires de l’Arme. Parmi les plus méconnus, les premiers d’entre eux concernent un acteur des plus discrets, car des plus dispersés: la gendarmerie départementale. Les brigades placées sur le chemin de l’envahisseur jouent ainsi un rôle certain dans le déroulement des premiers mois de la guerre. D’initiatives en improvisations, alors qu’échouent les plans des états-majors, ceux qui avaient reçu de longue date la charge de connaître et tenir le territoire livrent une bataille souvent ignorée.


LES UNITÉS FRONTALIÈRES EN 1914

A la veille de la guerre, la gendarmerie départementale est organisée en compagnies, arrondissements et brigades. Chaque compagnie, commandée par un chef d’escadron, épouse strictement le cadre du département et couvre trois à quatre arrondissements, comptant eux-mêmes une dizaine de brigades chacun.

La gendarmerie évacue les réfugiés hors de la zone des combats.

Coll. S.H.D.-D.G.N.

En outre, les compagnies sont
administrées par des légions de gendarmerie, unités de commandement et de gestion dont le niveau est celui du corps. Pour suivre l’organisation des régions militaires fixées par le décret du 31 décembre 1913 et dont elles portent le numéro, les légions du Nord et de l’Est ont subi quelques contorsions géographiques. Ainsi la 1re légion couvre les compagnies du Nord et du Pas-de-Calais, la IIème celles de la Somme, de l’Aisne et des Ardennes, la VIème celles de l’Oise, de la Marne et de la Meuse, enfin la XXème celles de l’Aube et de la Meurthe-et-Moselle (la XXIème légion, comprenant les Vosges et la Haute-Marne, ne sera guère concernée par l’invasion).Toutefois, pour épouser au plus près ces nouvelles régions, certains arrondissements ont été détachés de leur département d’origine et rattachés au voisin. Regroupant 3000 hommes, ces quatre corps de gendarmerie, quoique de petites dimensions, représentent près de 15 % du personnel de la départementale. Si leurs gendarmes sont réputés d’une meilleure qualité militaire que dans les légions intérieures, c’est en fait qu’une majorité d’entre eux est originaire du cru, et comme telle issue de régions à forte imprégnation militaire, voire appartiennent à des familles « d’annexés », évidemment sensibles au thème de la « revanche ». En outre, avec une nette majorité de gendarmes à cheval, ces quatre unités du nord et de l’est de la France se distinguent des autres par une surreprésentation de l’Arme montée, plus mobile, un peu plus lourdement équipée, et donc perçue comme plus offensive. 

Gendarmes français et allemands sur la frontière de Villerupt, près de Briey.

Depuis le ministère Boulanger, les brigades frontalières sont investies de missions particulières et font l’objet d’instructions et d’expérimentations spécialement adaptées à leur configuration. Régulièrement au cours de la Belle Époque, de nouvelles consignes leur sont adressées, multipliant leurs missions en matière de sécurité militaire. Pour autant, ces unités ne sont guère plus importantes en hommes qu’à l’intérieur, le modèle dominant restant la brigade à six.

 

Emplacement des légions de gendarmerie et localisation des combats.

En revanche, leur implantation favorise la proximité de la frontière, souvent privilégiée au quadrillage plus régulier du territoire. De Dunkerque à Belfort s’étendent une quinzaine d’arrondissements de gendarmerie, soit plus d’une centaine de brigades.

Au cours du mois de juillet 1914, alors que monte la tension internationale, la gendarmerie de la frontière se trouve projetée au cœur de l’action politique. Par diplomatique, ¡e gouvernement français décide de tenir toutes les troupes de couverture en retrait de 10 km de la frontière. Les gendarmes, restant à leur poste, sont alors les seuls militaires à occuper ce no man’s land. Si le gouvernement insiste sur leur devoir de protéger les populations contre d’éventuelles incursions, il entend également, moins officiellement, faire de ces unités frontalières « de véritables sentinelles avancées » chargées de renseigner les autorités, heure par heure, sur les préparatifs et le mouvement ennemis. Des gendarmes couchent en plein champ, prêts à avertir et à intervenir. La surveillance des voies ferrées et ouvrages d’art accapare également l’attention de l’Arme, tant est redoutée la menace du sabotage et de l’espionnage, à l’heure où selon le mot de Joffre « la circulation est la partie vitale de l’armée ». Par ailleurs, certaines industries de la zone frontière ont à leur tête des dirigeants allemands, ou n’emploient presque que de la main- d’œuvre étrangère: la gendarmerie reçoit en conséquence comme consigne de redoubler de vigilance, de soigneusement désigner les gardes des voies de communication et est tenue responsable de tout incident. Le 1er août, en fin d’après-midi, l’ordre de mobilisation générale est proclamé. La gendarmerie doit alors le diffuser et s’assurer de sa bonne exécution. Dès le lendemain, accaparée par ces mesures, elle est également amputée d’une part substantielle de son effectif, détachée aux armées pour y constituer les prévôtés.

COMBATS ET REPLIS

Le 4 août au matin, l’arrondissement de Briey, commandé par le capitaine Brosse, est le premier touché par l’invasion. Sous la pression de l’ennemi, et conformément à leurs instructions, les brigades refluent, se regroupent et ripostent, donnant ainsi aux chasseurs placés en couverture le temps d’intervenir. De même le 7, la brigade de Pagny- en-Moselle, devançant l’arrivée de vingt cavaliers allemands quitte sa résidence pour les affronter en terrain favorable. Par la suite, repliée, elle fusionne avec la brigade de Thiaucourt pour assurer la surveillance de la région, fournissant des petits postes de jour et, la nuit, gardant les barricades qu’elles a fait établir aux issues du territoire. Ainsi, au cours du mois d’aout: à Mars-la-Tour, à Aubigny-au-Bac, à Boves, à Coucy-le- Château, la gendarmerie du territoire tient bon, harcelant l’envahisseur sur un terrain qu’elle connaît bien et ne se retirant qu’à la dernière extrémité, souvent après lui avoir infligé des pertes sérieuses. À Bouvines, le 23 août, la brigade de Cysoing s’avance à la rencontre d’une patrouille de quatorze uhlans se fiant au fanion blanc qu’elle agite, et essuie un feu nourri. Reprenant l’offensive, les gendarmes repoussent le peloton, qui perd deux hommes et trois chevaux. L’officier allemand, blessé, est capturé par les départementaux sur lesquels il décharge son revolver… Le lendemain, à Quiévrechain, excédé par les quatre heures de combat qui lui ont été imposées par la brigade, l’ennemi incendie le village et jette dans les flammes les corps des gendarmes Castelain et Legros, ce dernier encore vivant. Le même jour, à Somain, c’est une centaine de cavaliers que la petite brigade affronte pendant une demi-heure: elle ne quitte sa résidence que sur le point d’être cernée. Enfin le 31, des gendarmes de l’arrondissement d’Avesnes, groupés en escorte aux environ de Guise, anéantissent un peloton de uhlans. Jusqu’à la stabilisation du front, les gendarmes des brigades, souvent retraités ou territoriaux, persévèrent: à Hazebrouck, du 3 au 13 septembre, c’est un vétéran de la guerre de 1870, le capitaine Paoli, à la tête d’un détachement de fortune de quelques gendarmes et de deux automitrailleuses anglaises, qui met en fuite différentes patrouilles allemandes, puis sauve de l’encerclement les gendarmes belges cernés dans l’Abeele.

Pourtant, leurs faibles moyens conduisent la plupart des brigades à l’évacuation, au cours de laquelle elles se chargent d’assister et d’encadrer les populations en exode. Fermant la marche, les gendarmes tombent parfois aux mains de l’ennemi, ainsi le chef de la brigade de Beaulieu-les-Fontaines et l’un de ses hommes, faits prisonniers le 30 août. Trompant la vigilance de leurs gardiens, ils parviennent à revêtir des effets civils et à récupérer les livrets de militaires réformés, puis à rejoindre Beauvais le 9 septembre, où ils livrent un rapport complet sur leurs observations. Le commandant de la compagnie des Ardennes n’a pas cette chance: couvrant la retraite de sa garnison, il est pris avec l’arrière- garde des gendarmes, et passera la guerre en captivité. Dans la 1re légion également, le repli général est décrété sur Amiens dès le 24 août. Le lieutenant-colonel Villette, chef de corps, y réceptionne peu à peu ses hommes et en compte finalement 288. Chargé de les organiser en unités combattantes, il met sur pied un escadron confié au capitaine Perreau, de Douai, ainsi qu’une compagnie sous les ordres du capitaine Dupont, de Lille, et un peloton de soixante cyclistes sous les ordres du sous-lieutenant Courtelin. Ce dernier ne tarde guère à s’illustrer: poursuivant un groupe de cavaliers repéré dans l’Oise, il le rabat délibérément sur son adjoint, le maréchal des logis Bezegher, tapi avec ses hommes dans un fossé. Le chef, sous-officier des cuirassiers westphaliens, est capturé, et la moitié des cavaliers est abattue. Rentré sur Boulogne le 17 septembre, après avoir employé ses troupes comme flanc-garde du 6e groupe de division de réserve pendant toute la bataille de la Marne, Villette récupère de nouveaux gendarmes et constitue trois détachements. Dotés d’automitrailleuses, ces derniers se livrent alors au harcèlement des colonnes ennemies, tuant ou capturant hommes et chevaux adverses. Pourtant, dans le courant du mois d’octobre, la fixation et l’enlisement du front amène ces petites troupes, conçues pour le mouvement, vers de nouvelles missions. Explorant les nombreuses galeries de la périphérie d’Arras, établissant les défenses de la ville, les gendarmes se transforment en terrassier.

LA FLÉCHE DU PARTHE

Certes, les brigades de gendarmerie n’ont pas enrayé, loin s’en faut, la fulgurante avancée ennemie. Comment, du reste, l’auraient-elles fait quand leurs instructions du temps de paix ne leur assignaient, en pareilles circonstances, qu’un rôle d’observateur des actions adverses, de protecteur des populations et de garant du repli ?

Quand elles n’étaient équipées que d’armes légères et dépourvues de toute structure défensive ?

Quand elles accusaient, depuis le début du siècle, un sous-effectif sensible ?

Ayant fait le coup de feu sur presque toute la ligne de front, elles ont, sans surprise, reflué presque partout, s’efforçant d’offrir le répit nécessaire à l’évacuation des hommes et du matériel, et au repli des habitants soumis à l’invasion.

La résistance tenace qu’elles ont opposée aux avant-gardes allemandes s’explique néanmoins lorsque l’on considère, en regard de ces lourds handicaps, les atouts propres à l’Arme. Installés de très longue date sur la frontière, les postes de gendarmeries entretiennent par fonction une connaissance tant du terrain que des populations placées sous leur responsabilité. De leur service courant, ils ont retiré un profond habitus tant de la collecte du renseignement de contact, que des liaisons avec les autorités militaires et administratives. En outre, recrutée exclusivement parmi les sous-officiers et gradés des corps de troupe, la gendarmerie est l’un des rares corps intégralement professionnalisés de l’époque. Si son personnel accuse un certain vieillissement et que sa formation militaire est souvent ancienne, il est en revanche très homogène et relativement solidaire au sein de toutes petites unités, dont la composition n’a guère varié dans les années d’avant-guerre. C’est donc logiquement, quoique spontanément, que s’est imposé un type de combat approprié aux corps départementaux: pour l’essentiel leurs engagements restent de l’envergure du peloton. Faits de frappes d’opportunité, suivis de décrochages systématiques, ils empruntent davantage au harcèlement qu’à la bataille rangée. Composées en majorité de gendarmes à cheval, prédisposées au mouvement, les brigades du Nord-Est en ont creusé les possibilités, ce dont le détachement d’Arras, avec ses cyclistes et ses automitrailleuses, livre un témoignage inattendu.

Du reste au-delà des renseignements parfois précieux transmis au haut commandement, au- delà du répit de quelques heures ou de quelques jours offert aux populations et nécessaire a l’évacuation des hommes et du matériel la gendarmerie des premières semaines du conflit passe surtout pour avoir, presque à son insu, sauvé l’honneur d’un corps qui ne combattra plus avant 1918. Ainsi en 1915, lorsqu’est créée la croix de guerre, on se souvient des efforts déployés pendant la première phase du conflit par des unités désormais repliées ou converties en prévôtés, qui font l’objet de citations collectives et l’occasion de distinctions individuelles.

Mais c’est surtout après-guerre que le souvenir de ces combats devait être mobilisé. Face aux attaques sur le rôle de la gendarmerie dans l’épreuve, l’épisode de 1914 apporte, sous la plume de nombreux mémorialistes, la preuve que les gendarmes sont restés des soldats, prompts à organiser la défense du pays. Pourtant, que valent quelques milliers d’hommes aux yeux du pays, quand la France en a mobilisé huit millions? En terme d’image, la bataille est bientôt perdue. Dans la représentation collective, le souvenir du prévôtal bleu horizon, honni et redouté du poilu, emporte bientôt celui du gendarme de 1914 et de ses escadronnades en tunique chamarrée et casque à crinière…

L’incident d’Arracourt

Dans la nuit du 26 au 27 novembre 1912, la brigade à cheval d’Arracourt, en Meurthe-et-Moselle, commandée par le brigadier Blion, est le cadre d’un incident révélateur du climat échauffé de l’époque: recevant du bureau de poste un télégramme qu’il interprète comme l’ordre d’une mobilisation générale, Blion prend la décision d’extraire de son coffre-fort les plis scellés, de les ouvrir et d’expédier les cinq hommes que compte son unité à travers les sept communes de sa circonscription pour procéder au rappel des réservistes. Réveillés par les maires au son du tambour, les hommes se présentent, vers sept heures du matin, dans leurs dépôts de Nancy et Lunéville.

Bientôt, il apparaît qu’il s’agit d’une erreur : le télégramme, prescrivant un simple exercice, a été transformé en mesure réelle par le receveur. Impressionné par l’excellente surprise que constitue le cas de ce canton prompt à rallier le drapeau dès que raisonne la caisse du garde municipal, le gouvernement complimente les maires et leurs administrés pour leur « patriotique entrain », de si bon augure dans l’hypothèse d’une « revanche ». Quant à Blion, initialement arrêté pour une initiative qui aurait pu dégénérer en panique, voire en crise diplomatique, il est bientôt innocenté et reçoit les félicitations du ministre. Pour ce dernier, la fausse alerte, révélatrice des bonnes dispositions de l’opinion, est aussi le signe que son plan de mobilisation est au point, et que la gendarmerie se tient prête.

 La compagnie de Briey

Coll. S.H.D.-D.G.N./Lempereur

 

Le chef d’escadron Brosse vers 1922

Coll. Musée de la Gendarmerie

Gaston Brosse

Né en 1874 dans la Somme, fils d’un sous-officier de gendarmerie et de la fille d’un cordonnier; Brosse s’engage en 1892 dans l’artillerie, y accède à l’épaulette, puis passe dans la gendarmerie. En 1907, il est décoré d’une médaille d’honneur pour son attitude lors des grèves viticoles, puis félicité par le ministre pour « son courage et son dévouement dans des circonstances particulièrement difficiles à l’occasion des inventaires ». Promu capitaine en 1913, il commande l’arrondissement de Briey. Dès juillet 1914, il s’y distingue par « la plus intelligente activité dans la direction du service de ses brigades situées à l’extrême frontière et dans une région industrielle remplie d’ouvriers étrangers qui commençaient à s’agiter et dont ( évacuation fut laborieuse; resté ensuite seul en avant des troupes de couverture avec un détachement de quatre-vingt hommes, gendarmes, douaniers, GVC, a tenu tête aux patrouilles ennemies. Le 5 août 1914, a engagé avec ce faible effectif un véritable combat contre une reconnaissance ennemie forte d’un bataillon, deux escadrons et une batterie qu’ a obligée à se déployer et même à tirer le canon. Au cours de cette action, a personnellement chargé à la tête de cinq gendarmes, une patrouille de douze cavaliers et la mise en fuite, a dispersé par un feu bien dirigé une patrouille de dragons dont le chef, le lieutenant Von Marschal, blessé et fait prisonnier, a été trouvé porteur de documents intéressants Cité à deux autres reprises, décoré de la Légion d’honneur à titre militaire en 1916, il accède au commandement militaire de l’Élysée dès le lendemain de l’Armistice et y demeure pendant près de vingt ans. Titulaire des principaux ordres français, commandeur d’une vingtaine de décorations étrangères, il constitue un exemple de la méritocratie républicaine mise en avant par la gendarmerie.

François Paoli (1842-1923)

Originaire de Corse, François Paoli s’engage à 16 ans dans les hussards et participe à la guerre d’Italie. En 1865, il intègre la gendarmerie, dans laquelle il se bat, au sein de la garde de Paris, de septembre 1870 à juin 1871. Promu officier en 1877, il sert dans le Finistère, puis dans le Gard. En 1882, il retrouve la garde républicaine. Il y demeure pendant quatre ans et y crée notamment une société d’entraide des gendarmes, qui devient la  »Caisse nationale du gendarme », le plus ancien organe mutualiste des armées. Admis à la retraite en 1895, après plus de trente-six ans de service, il fonde le journal corporatif Le gendarme », qu’il dirige jusqu’à sa mort, crée de nouvelles associations et est élu local. Maintenu dans la réserve, sur sa demande, au-delà de la durée légale, il est rappelé le 2 août 1914, à 72 ans, à la tête de l’arrondissement d’Hazebrouck. Face aux incursions allemandes sur son territoire, il fait le coup de feu contre les éclaireurs ennemis, puis, livré à lui- même après l’évacuation de Lille, il replie et regroupe ses brigades « avec un entrain et une activité extraordinaire ». Doué d’un grand ascendant sur ses gendarmes « dont il obtient de très bons résultats et auxquels il communique le sentiment du devoir dont il est animé au plus haut point », se flattant d’être le « doyen du service actif de toutes les troupes françaises », Paoli est finalement rayé des cadres le 21 septembre 1916.

Statue du capitaine Paoli, caserne des Minimes à Paris.

Photo de l’auteur.

 

La brigade de Cassel

Coll.S.H.D.-D.G.N./Lempereur

L’EMBUSCADE DE CASSEL

Le matin du 8 octobre 1914, une trentaine de uhlans, éclairant une division allemande, abordent les pentes du mont Cassel. Ce petit promontoire, surplombant dans la plaine de Flandre les villes de Dunkerque et Calais, constitue en effet un enjeu dans la course à la mer. Commandée par le maréchal des logis Duquenoy, la brigade de Cassel a reçu le renfort des gendarmes de Steenvorde, repliés après l’occupation de leur résidence, et de la douane de Bergues. Le sous-officier dispose ainsi de dix militaires et de six douaniers. Prévenu de l’arrivée d’une avant- garde allemande, le chef de brigade fait dévaler son personnel jusqu’au cimetière, où il s’embusque et, lorsque l’ennemi arrive à sa portée, commande un feu nourri. Surpris, pensant que la place est puissamment défendue, les cavaliers décrochent. Sur les tombes, Duquenoy retrouve de nombreuses taches de sang et une lance à fanion qui intègre aussitôt le musée de l’Armée. Le reflux de cette avant-garde, qui précède en fait une division échelonnée de Ypres à Poperinghe, laisse le temps aux troupes françaises de positionner des cuirassiers et un détachement de chasseurs cyclistes, bientôt renforcés par des éléments d’infanterie et d’artillerie, qui repoussent définitivement l’ennemi le 9, à Saint-Sylvestre-Cappel. Le 23 octobre le général Foch peut installer son quartier général à Cassel et y demeurer jusqu’à l’été 1915.

LES BRIGADES DE FRESNES-EN-WOEVRE ET D’HERBEUVÏLLE

Situées devant Verdun, ces brigades, toutes deux à l’effectif d’un brigadier et de trois gendarmes, défendent âprement leur résidence et, pendant quinze jours, résistent aux assauts de I ennemi qui doit, pour les déloger, faire intervenir d’importants détachements. La brigade de Fresnes, commandée par le brigadier Faucheu, s’empare ainsi le 9 septembre d’un officier allemand et de son ordonnance. Prise à parti par un peloton de cavalerie, elle parvient à exfiltrer ses prisonniers et leur automobile, d’où elle extrait des plans de situation des forces allemandes. À Herbeuville, il ne faut rien moins que le canon pour faire refluer les gendarmes du brigadier Schimberg restés accrochés à leurs murs. Le 15 septembre 1914, les deux brigadiers reçoivent la médaille militaire et leurs unités sont citées à l’ordre du corps d’armée par le gouverneur militaire de Verdun.

La guerre a transformé le gendarme. La mobilisation, les conseils de révision…. La poursuite des espions…. Et la bataille aussi… Fin août 1914, ce sont les gendarmes qui ont reçu les pointes d’éclaireurs de Von Klück….

« La baïonnette », 10 août 1916. n°59. Coll, de l’auteur

Des gendarmes s’entretiennent avec des soldats dans un village du Pas-de-Calais

Coll. Musée de la Gendarmerie.

 

BIBLIOGRAPHIE

Colonel Bezegher, Avec le peloton des brigades cyclistes repliées de la compagnie du Nord (août-septembre 1914) « Revue d’études et d’information, n° 6, 1950, pp. 88-91.

Lieutenant-colonel Brosse, Étude sur l’activité de la gendarmerie d’un arrondissement frontière en juillet – août 1914, Revue de la Gendarmerie, n° 5,1928, pp. 516- 534.

Historique de la lre légion de gendarmerie 1914-1919, Cysoing, Lion, 1922,32 p. Historique de la VIe légion de gendarmerie 1914-1919, Paris, Charles-Lavauzelle, 1923, 98 p.

Historique de la XXe légion de gendarmerie 1914-1919, Nancy Coubé, 1920,24 p. Michel Meissner, Les gendarmes en Ardenne, Charleville-Mézières, Terres Ardennaises, 1999.116 p.

Louis N. Panel, Gendarmerie et contre-espionnage (1914-1918), préface de Jean- Jacques Becker, Maisons-Alfort, SHGN, 2004,250 p.

 

Source : magazine 14/18 avril/mai 2006

Aspirant Louis N. Panel Doctorant en histoire chargé de recherche au S.H.D.

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