Un homme, une rencontre, une histoire partagée… notre ami Fernand Rocher

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Fernand a cessé le combat jeudi 23 janvier 2014, après avoir eu une vie bien remplie. Ce nonagénaire avait, après la fin de guerre, œuvré pour le devoir de mémoire sans jamais laissé le temps au temps d’oublier. Dernièrement il avait été interrogé par les lycéens du lycée Leclerc d’Alençon et il s’apprêtait à faire de même dans le Calvados. Mercredi 29 janvier 2014 nous avons accompagné Fernand dans sa dernière demeure. Illustre inconnu pour la France, oublié de la Nation, celui-ci est parti discrètement comme il a toujours vécu surtout pendant la période trouble de la 2ème guerre mondiale. Voici une synthèse de ces années passées à combattre à l’époque l’ennemi héréditaire de la France.

Fernand ROCHER né le 17 décembre 1923 à Vrigny (Orne) reçoit une convocation du S.T.O. le 11 octobre 1943 à laquelle il ne se rend pas et devient ainsi réfractaire. A cette époque, il approvisionnait en bois la scierie des frères Gagnaire qui était installée au « Petit moulin » de Vrigny. Les frères Gagnaire avaient constitué un maquis, rattaché au « groupe Vengeance », qui regroupait des amis et des réfractaires.

Fernand Rocher entre donc à partir de cette date dans la Résistance. Le « groupe Vengeance » de la région était dirigé par René Senaque qui résidait à Trun. Ce groupe avait des contacts et « travaillait » avec les F.T.P. de l’Orne. Début 1944, faisant suite à l’arrestation à Paris d’un membre du « groupe Vengeance », René Senaque sera contraint de quitter la région et les résistants de Vrigny seront rattachés aux F.T.P. Le 04 mars 1944.

Six résistants de Vrigny sont arrêtés, dont deux au « Petit moulin » : Henri Gagnaire et Jacques Louvel. Ce dernier devait prendre le commandement du groupe. Ils seront arrêtés dans la nuit à la Haute-Bellière, près de Vrigny. Les conséquences seront très lourdes: six fusillés et deux déportés. Fernand Rocher et quelques autres ont pu échapper à la vague d’arrestations.

A partir du 06 juin 1944 les F.T.P. d’Argentan et de ses environs se regroupent en une vingtaine d’hommes pour former un maquis à Coudehard près de Chambois dirigé par Jean Soubatère et Albert Giroux. Etant activement recherchés et poursuivis par les auxiliaires de la Gestapo, ils se déplaceront fréquemment, Champosoult, Montreuil La Cambe…Le groupe a effectué de nombreux sabotages: des déraillements, une embuscade contre des Officiers Allemands etc… Pour les approvisionnements et déplacement, c’est Fernand Rocher qui assure le transport de l’armement. A partir du 2 août, ils rejoindront le maquis de Bois l’Evêque et participent aux opérations de harcèlement et de guérilla aux côtés du groupe de Maurice Vernimmen et deviennent des F.F.I. Le Capitaine DRONNE Raymond, Commandant la 9ème compagnie du 3ème Régiment de Marche du Tchad, certifie que les F.F.I. de l’Orne lui ont apporté une aide précieuse du 12 au 16 Août 1944, dans la marche en avant vers Ecouché et dans la défense de cette ville, qu’ils ont assuré de nombreuses patrouilles et de nombreuses missions de jour et de nuit, qu’ils ont en particulier aidé à l’exécution d’un coup de main dans l’après-midi du 14 qui a permis de ramener 129 prisonniers allemands, de capturer un important matériel (armes et véhicules) et de délivrer huit Américains (dont sept blessés). Fernand Rocher était au bois l’Evêque et a participé aux combats d’Ecouché et de Mesnil Glaise. Il s’engagera ensuite dans le Bataillon de Marche de Normandie en France, puis en Allemagne. Fernand Rocher était la dernière personne vivante de son groupe de combattants de la Résistance.

Un grand merci à toi Fernand pour ces moments partagés avec toi et les confidences que tu as pu nous faire lors de nos visites chez toi à St Martin de Fontenay.


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